René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOCIALISTJ; 239 habile, conçu pendant sa caplivité•par un officier du génie captu.ré sous le premier Empire et puis échangé. Celui-ci avait vite reconnu que le débarquement sur la place de Sidi-Ferruch, à dix-huit kilomètres d'Alger, serait moins meurtrier et qu'ensuite l'armée escaladerait les hauteurs el redescendrait sur Alger qu'on dominerait ainsi au lieu d'en être dominé. Ce plan de génie, tracé par la main obscure d'un prisonnier, enveloppé depuis vingt ans de la poussière des archives militaires, permit donc à !lourmont, en spoliant de sa gloire le véritable artisan de sa victoire, d'essayer de réhabiliter sous le drapeau blanc l'infidèle soldat qui avait, devant l'ennemi, déserté le drapeau tricolore. Le plan fui suivi jusqu'au bout. Les Français débarquèrent, écrasèrent les Arahes à Slaoueli et, matlres des hauteurs qui environnaient Alger, imposèrent au dey affolé et menacé par ses janissaires la capitulation la plus étendue. Par ce coup éclatant, la porte de l'Algérie était ouverte, el ses plaines, jusque-là insalubres, témoins des révoltes el des meurtres, allaient s·ouvrir, d'abord sous l'âpre conquête de l'épée, ensuite sous l'âpre conquête de la charrue. i\lais ce ne fut que peu à peu, el sans que les ministre;; de Charles X aient eu devant les yeux, aussi vaste qu'elle le devint, l'entreprise complète à laquelle la France doit son prolongement radieux ... Aussi la victoire était,-elle célébrée sur tous les tons, et les hymnes reconnaissantes montaient des autels ver;; le ciel. liais tout ce tumulte exagéré ne pouvait distraire la France du coup de force qui-venait de la meurtrir, et du coup de force qui contre ses destinées sepréparait. En effet, ni Charles X, ni i\l. de Polignac, fidèles à leur· première opinion, n'abandonnaient l'espoir de continuer le combal. El comme toujours, pour assurer leur faiblesse ou leur violence, ce qui est la môme chose, contre Ioule velléité raisonnable, ils s'empressaient de fonder sur des rapports de prérecture ou dè police leur conception agressive. Que pouvaient valoir ces rapports rédigés par des plumes asservies qùi, sachant que la vérité affirmée les rendrait suspectes, chargeaient de toutes les illusions propres à flatter le roi tes lourdes feuilles officielles? Ces rapports disaient que la ma~se était indifférente, restreignaient à une agitation superficielle le tumulle civique qui déjà s'apprêtait, el le roi savourait ces renseignements conformes à ses désirs, se croyant en race seulement d'une poignée d'agitateurs qui n'auraient pas raison de sa divine mission. Jamais gouvernement plus aveugle n'a ·conquis l'impopularité avec un art plus sa\'anl. Ce qui se préparait, ce n'était pas une révolte, mais une révolution. Des symptômes éclatants pour des esprits non prévenus en eussent averti le ministère. Des sociétés, entre autres Aide-toi, te ciel t'aidera, appelaient à elles, selon leur rang et lear profession, tous les citoyens dont le droit•cjiminué ou anéanti réolamail ta jusllce. La presse, en dépit des lois qui étouliaient son essor, s'enh1rdiss1it à des criliqu~; qu llfjll ,foi; n i1r1>e1.

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