René Viviani - La Restauration : 1814-1830

:?32 IIISTOIR.E SOCIALISTE tactique qui témoignaiwt d'une ignorance complète el des intentions du roi el de ra,cnir. Les libéraux furent trop ardents dans la revendication môme juste de certaines modifications, notamment à propos des lois sur l'organisation municipale. S0rs des inte11tions libé,ales ou demi-libérales du gouvernement, ils auraient dù, avec lui, concerter leur tactique. li eOt été nécessaire de combiner les interventions, de régler sur la scène parlementaire les effets, de discipliner l'action. Au lieu de cela, à la voix du général Sébasliani, ancien général de parade du premier Empire, dont les fanfaronnades, en 1808, en Espagne, avaient égayé l'armée, à sa voix rude el âpre, les libéraux, sans ménagements, marchèrent. Habilement, le, ultras, se servant de ces instruments d'opposition, laissèrent faire, el on sait ce qui advint. Il n'était pas défendu de penser que l'ambition, la convoitise, l'intérêt menaient les chefs du libérali~me, que les conseils vertueux de M. Guizot, dé,abusé parce qud non employé, ne furent pas étrangers à cette tactique : les lib6raux portent le poids de la chute du ryiinistère Martignac, lui-même coupable de trop de conOance aveugle envers un roi hypocrite ... Ce fardeau, il e,l vrai, par,ll léger à qui sait ce qui suivit, et que la_ fosse éternelle où glissait jour par jour la monarchie légitime était par elle-même creu,ée. De l'initiative insensée du roi Cbarles X, de ce ministère nouveau el dernier, comme de l'épuisement du mal, le bien va enfin sortir, el dans des Journées saccadées 011 la vaillance civique se dressera, va se décider le sort du dernier des Bourbons régnants. CHAPITRE XVII LR M{NISTJ'..:nEPOLIGNAC Les intentions du ministère. - Convocation de la Chambre élective. - Discours menaçant de Charles X. - ta réponse énergique des députés. - Agitation de la cour. - Prorogalion, puis dissolution de la Chambre. - Campagne personnelle d~ Charles X. - Écrasemeut élecloral du minislêre. - Expédition d',llger. - Plan du ministère. - Les ordonnances de Juillet. - Protestation des journalistes - Calme apparenl de la capitale. " Charles X est bien toujours le comte d'Artois de iî80 •· Par celle exclamation, Unyer-Collar!l, en apprenant la formation du ministère nouveau, traduisit l'opinion générale, non pas seulement celle des liliéraux, évidemment suspects de partialité à l'égard du choix <111 roi, mais l'opinion des royalistes sincères qui n'avaient pas séparé, clans leur conception, la monarchie de la Charte el rôvaienl l'accouplement transactionnel de la liberté et du sccvtre. Ceux-là ét,ient atteints jusqu'à la conscience :·ils prévoyaient la longue suite de folies et de provc,calions par où sombrerait, sous la colère et le mépris, la tentative nouvelle.

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