René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOCIALISTE 2'17 allirèrrnt sur la têlc de :.!. de )lartignac toutes les invectins sacr6cs, quoique, ù la vérité, ellrs ne morit,i~sent pas ce déchainement de colères par leur timidité. En e!Iet, les ministres empôchaient les Jésuil~s de diriger et d'ensrigner. mais non de vivre en France. C'était un recul sur la légi:;lation antérieure el comme un rlésaveu des arrèts rendus. Le clerf(é tout entier, par ses hauts dignitaires, surtout par la voix hautaine cle M. de Clermont-Tonnerre, protestait. Pour réduire ces insolences, que le Concordat n'éteignait pas, le ministère s'adressa à Home, el Rome, gril.ce à l'intermédiaire de Chateaubriand, donna au clergé l'ordre de se calJ:Jcr. li le lit, et de suite. Mais l'obéissance passive 1lont, vis-à-vis du pape, le clerg6 venait de faire preuve <'tait tout extérieure. La discipline sacrée descendait sur les faits et non dans les consciences. Si l'agitation cessa, si les ministres du culte, intimirtés à la fois par l'attitude pontificale et par des mesures de su·spcnsion de traitements s'interdiront Loule action bruyante, une vaste et silencieuse intrigue se noua qui avait pour but d'arracher le pouvoir aux mains qui, d'après l'ultra-royalisme, trahissaient les intrrNs dynastiques. De ce jour, le cabinet Martignac était condamn6 à morl. L'6chéance seule 6tait incertaine, mais non le résultat. M. de Martignao, dont le souple espril entrevoyait les difficultés, sembla en avoir le pres~entiment. Il se rapprocha visiblement de la gauche avrc le désir d'appeler comme collaborateurs de sa politique il!. Casimir Périêr ou le gén6ral S6basliani. le désir de confier d'autres fonctions moins hautes, mais positives, à d'autres meml,res du parti libéral. Précisément la place de M. de la ~'erronays allait devenir vacante. Ministre des A!Iaires étrangères, un peu étranger au, coutumes parlementaires, elTrayé des hardiesses de M. de ~lartignac, M. de la Ferronays désirait s'évader de re!ponsabilités haîes. On pensait, par des mutations dans le ministère môme, donner le minietèrc de la Guerre àu général Sébastiani et celui du commerce à M. Casimir Pc'rÎer... ~lais le plan no put tenir. Le roi, en elTel, commençait à agir contre son propre ministère. Dès que M. de Villèle cul été parti, il était tombé sous l'in0uencr do Martignac dont la grâce expansive et séductrice avaient captivé un rnoment son espril. !liais veillait près de lui, avec les regarùs jaloux d'an lavori éconduit, lo prince Jules de Polignac. De Villèle avait écarté ce rival en discr6ditant son intelligence et en faisânL élat de la légèreté de ses conception!, el sa parole avait pu, un temps, e!Iacer, même dans l'esprit du roi, le souvc11ir des services rendus à la cause, l'émigration, la conspiration Cadoudal, la condamnation, dix années d'interoemcnl subies par ce prince. Amba•sadeur à Londres, sur un message secret du roi il revenait, en apparence pour les besoins de sa fonction, en r~alilé pour rentrer dans lo ministùre. Mais aux premiers mots insinuants du roi, tout le cabinet se leva pour parler. C'était

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