René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE 8OCIALISTE C'était une dérision pour ce Parlement qui se croyait maitre de ses vote,, cl un démenti don;ié à son désir. La commission, ballollée d'un ministère à l'autre, impuissante dcv,rnt les serrures fermées qui mettaient à l'nbri de son rcgaPd les archives, établit cependant quelques griefs. La dissipation de la fortune publique, à propos de la guerre d'Espagne, ùes concessions faites à des ordres religieux et qui avaient entamé les droits de l'État, des séquestrations arbitraires, des spoliations, des fraudes formaient le raisceau, sinon de ses preuves, du moins de ses amrmations. )lais corn• ment conclure et démontrer après avoir affirmé? La commission ne le savait. Or, pendant qu'elle cherchail le moyen de résoudre ce problème, un scandale sans précédent éclatait. On a vu un peu plus haut que l'e Gouvernement al'ait installé une commission chargée d'examiner la situation juridique des ,Jésuites qui persistaient, en dépit d'édits el d'ordonnances d'expulsion, à couvrir le sol de la France. C'était déjà u~e défaillance du pouvoir que de paraître douter de l'illégalité d'une congrégation brisée par lant d'actes et d'arrêts. El, sans doute, cette défaillance était volontaire de la part de M. de ~larlignac qui, en cré.ant une commission, se dispensait de donner, dès l'avènement de son cahinet, une opinion compromettante. :\lais il n'est pas de solution ajournée qui ne s'impose à moins que la rare faveur des événements n'en débarrasse les hommes d'État. Donc cette commis• sion avait réfiéèhi, travaillé, discuté, el voici Jo résullal auquel, à une voix de majorité, elle aboutissait: la société de Jésus n'avait rien de contraire aux lois du royaume! Ainsi, d'un seul coup, étaienl rayés de l'histoire el des annales judi• ciaires les Mils et les arrêts qui avaient proscrit, comme mettant en péril par ~es intrigues tenaces et souples la sûreté de 1'11:talc, elle congrégation. C'ot:tit un défi i1 l'opinion, au Parlement, à ·1acour de Paris. El les libéraux s'agitaient sur les bancs du Parlement. lis ,e demandaient si celle commission n'avait pas obéi à des influences du Gouvernement el si une connivence perfide avec la cour n'était pas la cause de ce scandaleux avis. 1\1. de Martignac était à vrai dire, par de pareils propos, injustement soupçonné. li avait, e1\ entrant au ministère, un très forme des;ein, avoué au roi, el qui était de mettre obstacle à l'invasion religieuse. Seule,nent il avait peut-être compté, pour faciliter sa tâche, sut· œtte commission, ce qui était une faute de principe, un gouvernement ne devanl jamais dissimuler derrière un paravent factice ses responsalli!ités. Sous les menaces libérales, il prit un parti, celui de frapper les J ésuitcs. Le roi cérla, puis ré,isla. Mais Y. de Martignac avait en mains un moyen de pression dont il ne dédaigna pas d'user: c'était de livrer M. de Villèle aux fureurs parlementaires. L'ancien ministre devenait ainsi la rançon des Jésuites. Le roi, sur une menace de démission, céda enfiu, et parurent ces ordonnances du 16 juin 18~8 qui

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==