René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE 5OCIALISTE désigner l'existence illégale cle la rnciélé de Jésus el appeler snr son cas les méditations des Juristes. Celte commission méditait encore quand le Gouvernement proposa une loi nouvelle sur la presse: elle supprimait la censure, elle supprimait l'autorisation préalahle, mais elle exigeail, pour chaque Journal, un cautionnement égal à J0OOOfrancs de renle ! C'élail la liberté menacée par la fortune el la pensée mise à la merci de l"argenl. C"était l'influence remise aux riches et la conscience des pauvres chargée, avant de prendre son essor, d'un poids trop lourd. Habile, trop habile balancement d"une polilique trop souple! On retirait d'une main ce que raulre main avait donné. En séance, el en dép il des efforts des libéraux, le cautionnement fut maintenu, quoique abaissé à 6000 francs de rente! Cependant les passions élaienl Join d'êlrc calmées, el ce ministère, venu avec de droites intentions cl'apaisemenl, élail enveloppé de toutes les colères des partis. Fort heureusement, le ministère lui-même n'était pas encore la cible vi~ée par toutes ces colères. Si ardente avait été la lutte sous l'autre gouvernement, si profonde était la blessure faite par lui aux consciences que, non satisfaits par sa. définitive retraite, les partis recherchaient encore M. de Villèle. Retiré à la Chambre des pairs, celui-ci n'avait même pas trouvé dans la déposse;sion dont il avait été frappé la contrepartie d'un loisir d'esprit ou d'un repos physique. Presque aussi souvent que quand il gouvernait, el avec la même amertume, les critiques virulente,; cherchaient, pour bles;er ce cadavre politique, le chemin de la conscience en lui toujours vivante. Et après bien des rumeurs, préface ordinaire des grandes inilialives parlementaires, la mise e11accusation du ministère prer,édent fut apportée par M. Lubey de Pompières, s'exprimant au nom des libéraux. Après un court et violent débat provoqué par l'impropriété ou l'imprudence des termes, cette proposition fut renvoyée à une commission dont M. Girod (~e l'Ain) rut le rapporteur. Cruel embarra~ 1 Dans les recherches auxquelles elle se livrait, celle commis~ion se heurtait au silence combiné partout pour faire échouer sa tâche, aux résistances les moins dissimulées: c'était de corruption, c'était de trahison que le dernier gouvernement éta/t accu;é. Et on ne l'avait pu meurtrir de ce solennel alîronl qu'en ayant bien soin d'isoler de ses ministres le roi, dont la personne sainte était sacrée. La trahison de M. de Villèle consistait précisément à avoir intercepté tous les soumes de sympathie qui du peuple montaient ver; le roi. Mais Je roi, irrité en sentant déprécier el accuser les longs service; ùonl il avait toujours approuvé la loyauté, avail réclamé de N. de Marlignar. qu'il s'oppos1lt à ce que des mesures fussent prises conlre M. de Villèle. M. de Martignac avait promis el, enchainé par sa promesse, la voulait tenir. D"où, sous ses ordres discrets, mais directs, celle résistance passive d~s f'onclionnaires et même des ministres, qui répondaient aux commissaires: « Je n'ai de comptes à rendre qu'au roi, mon maitre.•

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