René Viviani - La Restauration : 1814-1830

li lS'l'Olll.E SOCI ALIST .E proteslèrrnl. ~Dl. Portalis, Pasquier, de Broglie s'honorèrent à soutenir les droits de la rai.on el ceux de la foi sincère, par hasard d'accord, contre l'.lllrntat légal. Il était réservé au théoricien absolu de la monarchie dogmaliqne, à ~!. de Bonald, de prononcer de sanguinaire, paroles el, pour ainsi dirr, d'aiguiser, au rebord de la tribune, l'arme souillée du bourreau. • Que fait-on en prononçant en celle matière une condamnation à mort, disait-il, sinon renvoyer devant ~on juge naturel le criminel sacrilège?" L'orateur raya lui-mOmc d'une main pudiquement tardive cette abominable parole. mais la tache de sang est demeurée sur ce discours. La Chambre des pairs, après a1oir ,uhslilué à la peine du parricide, qui entrainait la chute du poing, l'amende honorable du coupable, crut avoir assez fait pour l'humanité cl \'Ota celle loi bestiale où Ir spiritualisme chrétien venait chercher un refuge (l:!'i ,·oi~ contre 92). Peut-être était-cc dans l'esprit des pairs qui allachèrenl leur nom à ce legs sanglant de l'ancien régime, peul-être claitce de leur part une conces,ion théorique qui leur permettait de faire excuser leur ,·ési~tance praliqu(• à la loi sur les congrégations de remme~. En rail, la loi du ,acril/>gP m· fut pa, appliquée: le6 pairs sa,aienl qu'elle ne le serait pa,, el ils la 1·otaient pour satisfairr 1>laloniquem!'11lune Jtglise dont les colères av;iient été allumée, par leur précédent refus hostile au, congrégations. A loul prendre, cl pratiquement, il valait mieux ne pas laisser éclore dans unP nuit funeste des coul'ents innombrables, et voler une loi qui ne serait pas appliquée. Peut-être est-cc bien le compromis douteux 011 s'est arrôlé l'esprit parlementaire du temps. Si cela est, cc compromis est haïssahlc. Certes, le bourreau ne fut jamais mis en mouvement par cette loi, mais c·c,t aux ,lois ,otées que se juge uuc époque: et qu'on puisse dire plu; tard •que la l\estauration a pris <le pareilles mesures, voilà qui jette sur elle un reflet sinistre cl sanglant. La Chambre des députés devait, en efîet, souscrire à ces mesures, au mois d'avril 182:5, par 210 voix contre !)5. En v.lin noyer-Collard immortalisa le débat en y mi'lant sa parole grave et triste, traductrice sincère des regrets qui agitaient celle àme désabusée par les excès du royalisme. En vaiu il distingua entre le péché que la religion châtie des feux éternels, cl le crime que la société frappe de ses plus provisoires arrêts, rien ne tint dernnt la majorité frénétique qui ,·oulait clonner pour symbole au dogme le code pénal et qui ne voyait pas ce qu'il y avait de dérisoire à pleurer au pied d'une croix pour exulter au pied d'un échafaud. La Chambre tliscuta avant la loi sur le sacrilège cl, tandis que la Chumhrc des pairs était saisie de la loi sur le sacrilège, la Chambre discuta l'indemnité des émigrés. On se rappelle que M. d~ Villèle avait vaioemeot essayé d(• trouver des ressourscs pour doter les émigrés. Aus5i Il voulait trnir, vi,-à-1·i; de l'exlrt'me rraclion de son parti, une promesse faite et donner une rnli,faclion au personnel aigri, remuant', enl'eloppanl P,l impé-

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