René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE S0CIALISTE toute sa puissance, donna dans la discussion. Elle ful douct•reuse el discrète rt nïnrnqua pas, par la bouche de l'orateur sacré, ses intérêts propr-e,. Elle ' invoqua lïntérêl des petits porteurs, et monlra que les au ni)nes allaient Mre, comme la renle, dépouillées d'un ci11quièmc. Ce ful le dernier coup, el. en Mpil de M. de Villèle, la propriété foncière f11lbattue. Ainsi, ,Jans un débat où il s·agissail d'indemniser- les émigrés cl de défendre une cause chère au roi, à la Chambre, à la· Cour des Pairs, à l'opinion royaliste, les émigrés étaient abandonnés. Plus forte que la conviction politiqur, la convoitise économique l'emportait. Dans ce duel, c'élail la Onance, la banque, le crédil, qui avaienl lullé et vaincu, aidés d'ailleurs de l'Eglise dont le tabernacle prenait, au contact du corrre-fort, une sonorité impie el lucrative. M. de Villèle élail vaincu. il ne partit pr.s, mais il ~c vengea, Depuis quelque$ semaines, une haine sourde, et qui alla il éclabousser de ses éclats la polilique, existait enlrc lui et Chaleaultriand. Les scrupules avaient élo légers à ce dernier, qui, parlirnn de l'intervention en Espagne, inspirateur tenace de ce crime retentissanl, n'en avait pas moins supplanté le ministre de, A!Tairesétrangères, Mathieu de Montmorency. Celle hâte à s'installer au pouvoir lui 11vail cl 'ailleurs été funeste en cc qu'il s'était aliéné la Congrégation donl le ministre exclu élail l'instrument docile. Depuis, il avail triomphé, paré de toutes les amitiés illustres, de toutes les sympathies royales dont son zèle de courtisan avait, avec patience, rc~11eilli le profil. li était, pour le public superficiel, l'homme d'f~lal universellement connu el dont le minislèrr ne pouvait, sans s'abandonner lui-mêmr un seul jour, abandonner l'appui. Mais l'éclat, légitime celui-là, de sa réputation lilléraire lui faisait illusion à luimôme sur la porlée de sa répulalion politique. Or, celle-ci,-nous ne parlons pas des r~nommées brouillonnes, éphémères, bruyaales, qui tombent avec le souffie irrité qui"les ap1>orta - ne se peut conquérir et soutenir que par un labeur obscur, une compétence arrachée chaque jour par une main avide au secret des choses, une persistance dans les idées et une tenacité daus la marche que même les obstacles n·arrèlent pa,: car la lenacité el la persistance ne sont pa~ la rigidité, el l'habilet(•, san; choir it l'intrigue, peul tourner les difllcullés. De CP-faisceau de qualités premières el secondaires, Chateaubriand u·al'ail aucune : le Conseil des ministres fut le lhéàtre habituel et discret de son incompélence vaine et de sa pares~e d'esprit. Détaché de la politique par ses côtés arides el rebutant,, il n'était que le héraul sonore donl la clameur était devenue inulilc el qui se rcnconlrc chaque jour avec 1'01,inia.trelutteur dont les veilles préparent les jours. L:t était ~l. de Villèle, dout le caractère f11Lmédiocre, mais l'esprit vigoureux, rlairvoyanl, volontaire. L'antipathie entre ce, deu, homm·cs. el qui ét11ildne i, Lout cc qu'il y avail dïrréconciliabJe daœ leurs conceptions, leurs manière,, leurs attitudes, ~·accrut quand M. de Villèle apprit que Chateaubriand faisait opposition, à la Cour des pair~. à ,on projet. Silôl crlui-ci abattu, Chateaubriand fut congé-

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