René Viviani - La Restauration : 1814-1830

. :?00 JIISTOJRE SOCIALISTE propriété immobilière, au moins pour un lrcnlième de sa valeur. C"élail Ill l'intolérable fardeau donl aucun de ceux qui possédaient ne voulait, même pour !"amour des émigrés, accepter le poids. Voilà pourquoi, devant la Chambre, où de grands seigneurs lel"l"iensou leurs mandataires politique, formaient la majorité, l'opération ~nancière de M. de Villèle, qui écartait le spectre de lïmpôl, avait recruté lanl rte parfüans. Il n ·en alla il pas de même Il la Cour des pairs. Elle élait composée d'illustrations vieillies, d'anciens soldais, de nohlcs anciens, de financiers, de celle arislocralie nouvelle dont la force 11e reposait pas sur la terre, mais sur l'argent. De plus, sans circonscription éleclor<1le, inamovibles el souverains, vivant it Paris el n'atlenctanl rien de la province, ces pairs, s'ils n'élaienl pas presque tous des porteurs de rentes, se mouvaient dans une société qui, rattachée il Paris par son goùl ou par la nécessité, élail la dépositaire des premiers el rares éléments de la fortune mobilière. Dès les premiers jours donc, le connil se posa entre ces inlérGls clifîère11Ls,ces fortunes difîérenles, el le choc qui eul lieu mil aux prises la propriété terrienne el la for lune mobilière, la Bourse cl le champ, le hobereau el le financier; Lous deux, certes, ennemis héréditaires de la démocratie, mais le premier, brulai, pe~ant, féodal, féroce; l'autre, astucieux, ingénieux, habile, susceptible d'ouvrir inconscicm men Lla porte au progrès. L'origine de ces deux forces rivales el qui allaient se mesurer dans le champ clos du Luxembourg élail dissemblable: dissem!Jlatilc étail aussi l'influence qu'elles exerçaient. « Qui a la Cerre a lrs hommes", disait-on sous la Tlévolulion, quand on aballail les droils féodaux, indiquant ainsi que la pression de la terre sur l'homme esl for,11idable, écrasant à la fois son corps el sa conscience. Mais, pour redoulab!e qu'élail el qu'est demeurée celle pression, elle esl restreinte: l'influence de la propriété terrienne ne dépasse pas la région où elle esl éclose. Au contraire, la fortune mobilière pèse moins sur l'homme, mais pèse sur plus d'hommes, élend son influence au loin, partout où, rapidrs comme le vent, volent les symboles ailés de sa puissance, el pour faire la conquête de l'homme el dé terminer sa chute, elle a plus de moyens de séduclion el de contrainte ... Aussi redoutables, ces deux forces rivales se rencontraient : l'échec de la propriété terrienne allail (Me certain. M. Roy, ancien ministre des Finances, allaqua,Ja loi el la fil passer Il l'épreuve cruelle d'une dialectique aiguisée. M. de Villèle se défendil el les forces demeuraient égales. Alors, intervint la Heligion sous la forme onctueuse el meurtrière à la fois de l'archevêque de Paris, M. de Quelen. L'Eglise, certes, élait intéressée au débat. Dépossédée par la Révolu lion de ses domaines qui étaient pa,· parcelles aux mains des délt'nleurs nationaux, elle avait enrichi son patrimoine de rentes. Elle était tout acquise à la fortune mobilière que menaçait, par !"abaissement du cinq pour cent à quatre pour cent, l'opération de M. dP.Villèle. L'Eglise, de

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