René Viviani - La Restauration : 1814-1830

!02 IIIS'l'OIRE SOCIALISTE Or. tout ce qu allait tenter sur celle armér, irritée de l'inégalité des cMlimenl•, le carbonarisme, ne pouvait c1uese retourner contre lui. En vain, le colonel f'alvoi ;.c jeta en E,pagne pour rassembler sept ou huit mille insur- ,;i·s français. pui; pénétrer avec eux au sein dr l'armée, à la frontière el i•hranler les rnlclals par la 1•uedu dra1ieau ll'icolore. A peine lroi~ cents hommes fnrenl fidèles au rendez-vous, près cl'lrun. et ils étaient dispersés par les mitrailles au pont de Béhobir. En m,'me temps. la police surprenait dans une diligence la prcuvr du complot. dont, comme loujoun;, de jeunes imprudents clamaient les complications. On y vil des lettres adressées à )1. de Lalonde: on révoqua le général Guilleminol, on arrêta M. de Lalonde, Cl le duc de Bell une qnilla Paris, q110iCJ11C ministre de la Guerre, pour aller remplacer le major général. )lais, sur les représenl_alions du duc d'Angoulême, tout ce !Jruil ce;.sa. Les chefs disgrâciés reprirent la faveur de leur commandemenl, et, pour étourdir l'armée cl l'e11lral11erdans une diversion, le 7 avril 182:J. on lui OLpasser la frontière. De grandes difflcnllé, l'avaient ju,que-là retenue, des diflh:ullés d0 ordre matériel. La campagne d'Espagne avait été préméditée et le plan avait été, ,lcpuis longtemps, préparé an ministère de la Guerre. Or, l'armée, à la veille de lïnvasion, ,c trouvait sans vivres, l'inlendanl général n'ayant pris aucune mesure. Celle inertie coupable et vulonlaire I roflla au célèbre financier Ouvrard. Par une coîncidcnce qui doit Lien peu au hasard, il se trouvait à Bayonne qu,111dle duc d'Angouléme, pressé par les événements et par les jours, ne savait comment il nourriraii l'armée. Cel homme audacieux, soi le d'aYenlurier gigantesque, tour à tour favori el vaincu de la fortune, spéculateur sous le Dirccloire, arr6lé, ruiné 1mr Napoléon, en ce moment mème failM et privé de lous ses droils, s'olîril comme munilionuaire général; il fut agr<'é el un contrat fut signé qui, ~oumis plus lard à l'examen de la Chambre - el nous \'y retrouverons - rlonnait le droit au bénéficiaire de prendre clans les magasins de l'l,lal Ioules les fournitures, el obligeait l'Élal à lui verser dans les cinq premiers jours du mois les onze douzièmes des sommes prérnmée~ pour la dépense du mois. Moyennant celle double condition, l'Etat donnait à M. Onvrarcl, représenté au contrai, CJUeson indi1?nilé légale lui interdisait de sign~r, par son fil•, le litre el le profil de munitionnaire général. Comment, par quelles intrigues el par quelles corruptions M. Ouvrard est-il urivé là? Nous le retrouverons plus lard. Cette expédilion d'Espagne fui, rnuf la fatigue, une promena•le militaire Pl nos troupes ne se renconirèrent le plus souvent avec les troupes espa- ~nolrs que pour en constater le soudain évanouissement. San~ faire usage cle leurs ai·mes, les solclals traversèrent celle région escarpée qui. au sortir <lela France, par Jrnn, avait o!fert en 1810 aux conquér,rnls un redoutable cl dirflcile passage. ~lais l'émotion patriotique, l'e,altalion d'autrefois !'laient lomùt'es : seuls les hommes aisés cl riches, les hommes de la classe

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