176 HISTOIRE SOCIALISTE ils avaient dîné. Ceux-ci furent arrêtés et, vu la connexil6, les sergents de la Rochelle, y compris Lefèvre, furent amenés devant lo jury parisien. C'est là, qu'après une instruction d<Jplus de six mois, pendant lesquels on lâcha de découvrir d'innombrables complices, c'e,t là qu'au mois de septembre 182"2vinrent échouer près de trente accusés. Après de longs débats, quelquesuns furent condamnés à des peines d'emprisonnement; d'autres acquittés; llaoulx, Pommier, Goubin, Bories, Goupillon condamnés à mort, ce dernier exempté de Loule peine pour avoir révélé le complot. En vain Bories, dans un suprôme appel au jury, l'avait supplié d'absoudre tout le monde sauf lui. avait appelé sur lui les responsabilités mortelles, offert la rançon de ses veines ouvertes pour racheter 1~ sang de ses amis. Dans celle nuit, à peine_éclairés par des torches, les quatre condamnés s'embrassèrent; bien des larmes coulèrent devant cette glorieuse moisson de jeunesse que la mort allait inutilement faucher. A Bicèlre, où on les incarcéra, on tenta rie les faire évader; 70 000 francs avaient été réunis, mais le complot échoua. Le 17 septembre, ils furent conduits à la Conciergerie, et de là, à six heures du soir, sur la place de Grève. Les carbonari, impuissants à les enlever par la ruse, ne les enlèveraient-ils pas par la force? Laisseraient-ils le bourreau accomplir son office? Dix mille carbonari, armés, pouvaient faire irruption el, avec la complicité de la foule, délivrer les prisonniers; pour leur honneur et celui de l'association, ils pouvaient au moins le tenter. Rien ne vint; ces vaillances qui, rassemblées el conduites, eussent fait à travers la troupe une trouée meurtrière, isolées el désunies se manquèrent à elles-mêmes. Au milieu de leur inutile cortège les quatre voitures passèrent. Au pied de l'échafaud, les quatre condamnés se donnèrent le tendre baiser de l'amitié fraternelle. Raoulx gravit le premier les marches et cria: « Vive la liberté! • Puis Goubin, puis Pom· mier. Bories, enOn, s'écria : « N'oubliez pas que c'est le sang de vos fils qu'on fait couler! • el il s'étendit sur la planche sinistre, chaude déjà de trois forlails. Jusque dans la lunette il acclama la liberté. De celle tribune sanglante, ce cri partit, traversa la foule et alla vers l'avenir: le soir, il y avait bal aux Tuileries. Quelques jour;; après, d'autres exécutions avaient lieu : c'était le règlement, par le pouvoir, de la conjuration de l'ouest.· Celte fois, ce n'étaient plus les carbonari, c'étaient les Chevaliers de la liberté qui étaient fravpés. Cette société, nous l'avons dit, avait son siège à Saumur el, de là, rayonnait partout dans l'ouest; ses chels étaient Grandménil, aide-major, Delalaude, notaire, Baudrillet, commerçant, Delon, lieutenant d'artillerie, Cafté, médecin. Le noyau vigoureux était formé par des élèves-officiers de l'école de Saumur. Au mois de décembre 1821, le signal allait être donné, lorsqu'un incendie éclate, que les élèves de l'Ecole sont conviés à éteindre; quelques-uns tombent sous l'écroulement d'un mur, on les transporte morts, on
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