René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOCIALISTE !GO prêt à tout pourvu que la Révolution tant de rois condamnée CtHchassée même du souvenir. C'est là que s'avisant que l'union de la religion el de la monarchie étaient indispensables, s'organisèrent toutes les tentatives par oil l'on espérait reprendre sur l'ordre moderne toutes ses conquéles el restaurer Je clergé, non pas seulement dans ses pompes fragiles, mais dans sa puissance politique, religieuse et sociale, en lui remettant les actes de l'état civil, la propriété et Jïnstruclion des enfants. EITroyahle complot qui n'e procédait pas par éclats soudains el par coups de poignard, où dans l'obscurité à l'abri de laquelle ils 1,réparaienl des chaines pour les générations, les conjurés no risquaient rien! On sait ce que le clergé avait tenté déjà d'obtenir dans les années dont Je récil nous a conduit jusqu'ici, et ce qu'il a obtenu du budget (suppression des pensions pour les prélres assermentés, accroissement des pensions aux prôlres en service, inscriptions de rentes garanties par des hypothèques sur les biens de l'État). On va voir ce que tenta la Congrégation dans les années 1821 et 1822. Dès i814, un enseignement s'était établi en France sur le modèle de l'enseignement de Lancaster, el s'appelait l'enseignement mutuel; par là on entendait une méthode nouvelle. Le mallre n'enseignail qu'à un nombre restrei nl d'enfants bien choisis, qui, à leur tour, recevaient Jedroit d'instruire leurs camarades. C'était provoquer l'émulation dans l'enrance el attacher à l'élude un intérêt immédiat qui en doublait la valeur. Cel enseignement trouva uo défenseur dans Royer-Collard, alors président du conseil de l'instruction publique. M. Decazes, lui aussi, avait recommandé cet enseignement au roi, el depuis lors, chaque budget portail une allocation annuelle de 50000 francs destinée à celle institution. La Congrégation protesta; elle avait créé les Frères de la Doctrine chrétienne, qui avaient la mission d'aecaparer l'esprit des enfants pauvres, tandis que les jésuites réserraienl leurs manières plus distinguées el leur culture moins médiocre à l'instruction des enfams riches. Mais la Congrégation se brisa à la résistance de Royer-Collard. Grâce à lui, l'en seignemenl mutuel prospéra si bien que, après 1817, ses écoles étaient au nombre de 100 avec 12 000 élèves (Levasseur, Histoire des classes ouvrières, tome !), landis que les Frères de la Doctrine chrétienne protestaient toujours. En 1820, il y avait 1 073 écoles muluelles, el grâce à l'ellorl de la Congrégation, les écoles des Frères montaient de 60 à 187 (Discours de Cuvier, Moniteur de 1821). Cela ne pouvait durer : la calomnie lll son œuvre, on représenta que l'école muluelle était un Coyerd'incrédulité. Chaque élève apprenant à instruire son voisin faisait uo effort d'esprit qui l'accoutumerait peut-être à secouer le joug de la religion. Après la calomnie, vint l'action; le 21 décembre 1820, M. Corbière remplaça M. lloyer-Collard à la direction de l'inslru:tion publique. M. Corbière élalt l'homme de la Congrégation; au premier budget qu'il prépare, il s·erforce, par la commission, de !aire supprimer ce mince crédit. Ce crédit,

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