René Viviani - La Restauration : 1814-1830

168 HISTOIRE SOCIALlSTE verses parlementaires, où li.Dl. de Villèle et de Corbière avaient appris à mesurer leurs forces amies, à connaitre el à pratiquer les hommes de leur parti. Depuis, celle congréga lion avait passé sous la direction etieclive et infatigable d'un jésuite, le Père Ronsin, cl élail devenue aux mains invisibles de la redoutable Société une arme souple et forte. Elle avait pris comme siège, le siège de ces missions étrangères qui avaient répandu à l'intérieur leur lave, el dont nous avons ailleurs signalé les excès, L'important pour elle, était de ne pas paraitre el d"agir, d'avancer et de relirer la main, de frapper sans que rien décélâl l'origine du coup. Ainsi elle étendit des tentacules formidables, visibles, celles-là, dans leur action accapareuse, mais qui semblaient entre elles sans lien alors qu'un nœud central, la Congrégation, les rallachail. Il y eut la Société des bons liv,·es qui, fidèle à son nom, mellail en vente ou en circulation gratuile les livres, les brochures qui écrasaient sous rerreur les germes de philosophie libératrice que la grande tempête de 1789 avait dispersés sur le pays. Il y avail la Société des bonnes lettres, cénacle lilléraire et arlislique, où M. de Chateaubriand daignait quelquefois montrer sa personne, et qui groupait les esprits enclins à la douceur d'une littérature où étaient 0étries et répudiées taules les audaces de la pensée. Il y avait la Société des bonnes études, sorte d'œuvre post-scolaire, qui réunissait, pour les former davantage, les jeunes étudiants, et habituait leur eE!Jrit à la discipline, les accoutumait à trouver dans les livres ce qui lue et non ce qui vivifie. Ainsi, par ces trois grands bras jelés sur l'avenir, Loule la jeunesse était ramassée, ramenée, parquée dans l'obscurité salutaire. Mais les femmes n"échappaient pas à celle terrible absorption de la substance humaine. La Société de /"adoration du Sacré Cœur de Jésus el du Sacré Cœw· de Made les allirail, myst!ques, rêveuses, lâchement abandonnées par la société civile qui n'a pas encore libjré les esprits dont elle attend cependant son triomphe. Enfin les ouvriers étaient intéressés au mouvement religieux par la Société de Saint Joseph. 'foules ces sociétés étaient pleinement laïques, ne recevaient leurs adeptes que pour les enrôler dans la vie toute politique et sociale, ne les enlevait pas au grand courant laîque. Ces six as;ocialions étaient dirigées par la Congrégation, organe supérieur et central qui veillait sur elles, les organisait, les administrait. Chacune d'elles étail régi~ par un directeur, qui élail un jésuile, cinq dignitaires et un conseil de six ou huil conseillers latques. Au-dessous de ces directions particulières se tenait le directeur général de la Congrégation, qui élait le Père Ronsin, et les deux coryphées, MM. Soslhène de La Rochefoucauld et Mathieu de Jllontmorency. Toute la société aristocratique, représentée par ses duchesses, ses généraux, ses pairs, ses députés, ses nobles, se rendait, comme à un agréable salon, à ses réunions étroites et sévèr~s, où Je rite le plus ponctuel les asservissait, où la discipline broyait la pensée. C'est là que prenait conscience de sa force le royalisme rétrograde,

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