René Viviani - La Restauration : 1814-1830

JI IIISTOII\E SOCIALISTE_ 137 étaient étourdis de ce parfum enivranl. C'esl au milieu de ces événements qu'un repos trompeur fut olîerl à l'esprit national par une exposition. A celle époque, une exposilior1, qui était d'ailleurs un spectacle purement national, n'offrait pas au regard l'ampleur, l'émerveillement des vastes accumulations hum1ines dont notre vue est lassée. Elle était une émulation modeste entre rivaux; la dernière avait eu lieu en 1806. Au mois d'aoQL1810 eut lieu celle qui suivit, el la Restauration tint à honneur d'appeler plusieurs fois, tous les quatre ans, à ce rendez-vous, le commerce el l'inrluslrie français. En 1806, la France s'étendait à plus de 111 départements, el on avait complé plus de 14 000 ex9osants. En 1810, la France, réduite à 80 départements, olîrait près de 1700 exposants (Levasseur, IJisloiredes Classesouvrières, tome l"). C'est dès ce moment que les produits récompensés par le jury furent l'objet d'une distinction. Le roi visita 1•e~po•1lion, al!ecla de traiter avec familiarité les grands industriels, surtout M. Oberkampf, distribua dix croix de la Légion d'honneur. Comme si la , ie polilique, les angoisses de la liberté menacée et les inquiétudes pour le lendemain n'avaient sur l'art aucune influence, VicLor Hugo publiait ses Odes, Lamartine ses Méditations poéliques, Gér:caull exposait son Naufrage de la MMuse, Ary SchefTer el Delaroche apprêtnienl leurs pinceaux. Par un étrange paradoxe d'esprit, ,le libéralisme hall ces formes nouvelles du talent, el l'esprit politique, qui atle1cl tout de la réforme, ne se combine pas avec l'esprit littéraire qui impo~e sa révolu lion. Le Romantisme est à celle époqu~ une forme de réaction, el tous les esprits libres restent allachés au classicisme du xvu• siècle, rivés à celle source de lumière d'où a jailli l'espril moderne. Les élections eurent lieu le 11 septembre. L1 tactique des ultra-royalistes, depuis quelque temps dévoilée, 6lail bien simple: elle consistait à faire sortir le bien de l'ép~isemenl du mal. Pour eu,, quel étail le mal? C'était le libéralisme. Ainsi les ultra-royalistes allaient parlout avec leur formule : Plutôt des Jacobins que des ministériels'. Ceux-cl déclamaient conlr~ les libéraux, qui représentaient la Révolution, et les ultras qui compromettaient de leurs excès la monarchie. Les libérau, avaient posé des candidats surtout dons les départements ravagés par les cours prévôtales et pour protester contre l'ignominie des iniques supplices. L'Isère, piétinée en tous sens par le général Donnadieu, était de ce nombre. Le comité libéral de Paris y avait posé la candidature de l'ancien conventionnel Grégoire. Au second tour, Grégoire fut élu. 11avait eu au plemier tour 460 voix, le ministériel 350 el l'ultra 210. Au second tour, Il eut 540 voix, le ministériel 362 et l'ultra HO. L'opération arithmétique soulignait l'opération politique : au secon I tour, les ullras avaient apporté 12 voix au candidat royaliste et iOOau candidat libéral, dont le nom seul avait, pour la cour, une signification oulrageante. Le coup était donc porté au roi p1r le, ultras qui, entre un conventionnel el un royaliste, allaient au conventionnel. A quel conventionnel? On a dit à

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