René Viviani - La Restauration : 1814-1830

138 JIISTOJnE SOCIALISTE tort que Grégoire avail êlé régicide ; en mission dans le départemcnl du Mont-Blanc, qu'il annexail à la France, au moment du procès du roi, il avait écrit, ie prononçant en faveur de la condamnation el non de la peine. Mais c·étail un prêtre assermenté, el, de plus, il avait, le :!1 septembre 1792, proposé rabolition de la royauté! Yoil\ l'élu de la droite extrême. A Paris, la colère ful très vive. Le Moniteur refusa dïnsérer le no:n de l'élu, el le comte Decazes, atterré, abandonné de M. de Serre, qui soignait dans le Midi un mal incurable, n'eut qu'une attitude humiliée devant la cour, où le comte d'Artois triomphait des exc~s mêmes qu'il avait 0 préparés. De ce jour, M. Decazes eut peur de son œuvre el de lui-même; il voulut re\'enir, pour la reviser, sur la loi électorale dont le maintien avait été Loule sa polilique. Le cabinet élail perdu par son chef. Quand un gouvernement se renie lui-même, en e!fel, il dégrade ses propres actes, il est à la merci du Parlement. De plus en plus troublé, M. Decazes aborda au Conseil la question brO.- lanle. :l'était-il pas bon de reviser la loi électorale? C'était vraiment bien la peine d·avoir rendu impossible le gouvernement à M. de Richelieu et de ravoir écarté parce qu'il ne voulait plus de la loi, pour la déchirer après son départ! Gouvion Saint-Cyr, M. Louis et le général Desselles résistent el préfèrent remettre leur portefeuille, que, géné par leur altitude, M. Decazes prit avec plaisir. En leur place il imtalla à la Guerre, ie général LalourMaubourg, aux Affaires étrangères, ~L Pdsquier et M. Roy aux Pinances. C'était le 14 noveml(re. Le 29 novembre, la session s'ouvrit et la validation de Grégoire fut mise à l'ordre du jour. Qu·n ro.t exclu, cela, dès le premier moment, fut certain. !\lais serait-il exc.lu comme indigne ou co:nme illégalement élu? L'illégalité était flagrante, Grégoire ne payant pas un centime d'impôts dans l'Isère. Cela eO.t pu suffire. M. Lainé réclama l'exclusion pour indignité. Benjamin Comtant fil remarquer que les royalistes étaient devenus bien délicats. Le roi n'a,ait-il pas confié un ministère, puis une ambassade, au régicide Fouché?• M. Pasquier répliqua que ce que le roi pouvait faire, un collège électoral ne le pouvait, et c'était une réponse puérile, car il s'agissait surtout d'une question morale, et si Fouché n·avait pas désh)noré le cabinet par sa présence, ce n'était pas Grégoire qui pouvait déshonorer la Chambre en s'y tenant. Sans qu'on se prononçât sur le caractère de l'exclusion, celle-ci fut votée, chacun ayant le droit de mettre dans son vote le sentiment de sa conscience. c·est avec l'approbation de M. R1vez, président, que ce compromis parlementaire fut accepté. M. Ravez se connaissait en dignité el en honneur, lui qui avait déserté la défense des frères Faucher, par crainte de l'opinion. On attendait chaque jour une proposition du gouvernement louchan~

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