René Viviani - La Restauration : 1814-1830

130 HISTOIRE SOCIALISTE ses grands bras sinistre,, gouverner au loin le pay~. Les autorité, militaires el cil iles étaient empressées à suivre ces missions, à le, accompagner, à les téter. Toute la représentation officielle servail de cadre à celle" furie en marche, qui empruntait ainsi à ses hôtes leur caractère el semblait protégée par le gom•ernemenl. Quelquefois l'humeur des habitants s'acc ommodait peu de ces visites, et à Brest, par exemple, des huées et des injures furent le seul salaire que reçurent les missionnaires. lis étaient accoutu més à de plus positifs avantages, et l'éloquence sacrée savait trouver Loule la finesse de !"offre commerciale pour faire valoir les chapelets bénits, les objets de piété, amasser l'argent el enrichir la sainteté à qui le ciel el ses délices ne suffisaient pas. A Nantes, l'effet de celte visite fut lei que le théâtre fut vidé et le directeur, à la veille d'être ruiné, loua les services de Talma, et par le génie de l'artiste, put faire contrepoids à la concurrence de Dieu. Mais alors les autorités interdirent am comédiens l'exercice de leur pro fession; à Saumur, à Angers, à Clermont, l'armée sacrée dé(lla, el, bien entendu, ce qu'elle laissait derrière elle, c'était l'excitation, l'exaltation, la calomnie, lïnjure au libéralisme, la menace contre la Révolulion, l'assuran ce qu'une ère allait s'ouvrir où les biens nalionau t feraient retour à leurs propriétaires, la puissance ecclésiastique à l'Église, la France au régime ancien. M. Decazes regardait el ne disait mot. li ne trouvait de :vigueur que pour déférer au Jury les journalistes hardis qui revendiquai~nl, non pas la République, mais les droits du raisonnement el les privilège, de l'esprit. Une rois encore la Bibliolltèq11efli5loriq11e rut poursuivie; c'était la première applic,tion de la loi que M. de Serre avail fait voler el qui restituait sa compétence au jury. Le jury acquitta, malgré le réquisitoire habil e de M. de VJliroesnil. Un autre écrivain dut rendre compte d'un calembou r. li avait rappel6 aux Suis;es arrog3nls qui servaient d'escorle au roi q ue le mol • suisside • avait un autre sens que celui qu'on lui attribuait, el ,M. de Vatimesnil cherchait derriôre celle faute d'orthographe volontaire l'intention criminelle : le jury acquitta. Encore il acquilla un jeune professeu r à l'f:cole d-1 droit, en même temps juge au tribunal de la Seine, M. Ba voux, qui, chargé de l'enseignement du droit criminel à la Faculté, marquait, en des cours savants et originaux, la différence qui existait entre les d élits et :les peines, critiquant le défaut de proporlionnalilé des châtiments a ux fautes. La jeunesse des écoles suivait ces cours el acclamait celte jeune parol e parce qu"elle était perpétuellement en quête de nouveauté;. On suspend les cours, les étudiants protestent; on les frappe par la suppression des in scriptions. M. Bavoux, défendu par Persil et Dupin, est acquitté. Ces verdicts JP,ltenl la perturbation dans le monde ofllciel. Les homme, du gouvernement étaient vraiment étranges. lis avaient voulu o uvrir une voie nouvelle; ils avalent moJifté le cens, rapp)lé la liberté de la presse, el quand les conséquences, pour ainsi dire, fleuris!aient sur leurs actes, ils

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