René Viviani - La Restauration : 1814-1830

lllS'fOIRE SOCIAL1S1'E môme à la Convenlion •· Quoi! c'él11it là le langage d'un émigré, d'un anciP.n soldat de l"armée de Condé! Il foisait l'cloge de la Con ve111io1,c·e,1-àdire ct·une a,s~mblée régicide I A~rès la stupéfaction, ce f11 L1, colère : pendant que les in·1épendanls acclament le ministre, d111sla con;ternalion du centre, la droite le hue ... Qu'y avait-il do:ic? M. de Serre n'avait péché que par etllra lnement de parole, et jamais il n'avait eu l'inlenlion de louan;;~r u:i régime qu'il exécrait. Improvisateur généralemcnl maitre de lui, il avait, c~ jour-là, dépassé sa propre pensée. Il avait, en vain, essayé de se r~prendrcl dans le tumulte. Pendant les jours ,1ui suivirent, accablé d"outra3es qui le peinaient, d'éloges qui lui étai~nt intolérables, il cherchait une issue à une situation fâcheuse. Il la trouva. Comme l'on discutaiL sur des péti tions réclamant le rappel des proscrits, il s'expïqua, distingua entre les bannis, el jeta cette phrase: • Quant aux régiciJe~, jamais 1•. Le ton, l' accent, le gcsle, tout mnrqu tit que l'auteur avail préparJ ce terrible et inexo rable anathème pour ressai;lr l'erreur verbale de la veille. 1a droite le couv ril d'applauJissemenl<, el les indépen lants d'im;irécations. Où peut descendre une ha ute intelligence que le caractère ue soutient p1s I En quelque s Jours, M. de Serre avail deux fois clmprJmi, le ministère, et il se trou vait que c'était par une intervention de tribune et alor. qu'il ôtait un orat eur consommé 1 Au lieu de se résigner au1 outrage,, c\e suivre sa voie, d'alle ndre une autre heure plur préciser sa pen,ée, ll. de Serre s'était violemment rcljeté à droite. On sentit, celte fois, que c'était sa conscie.1ce qui parlait . La droite, qui ne devait pas oublier l'élogd de la Convention, ress1isil ceL instru nent merveilleux de tribu·1e. L'!s ind:pendants le répu lièrent. Tel fu t l'el!el de celle apostrophe qu'entre le cabinet et eux ful rom_>Ue la loy,le et nécessaire alliance qui avaiL arrèté l'élan des ultras. Il semble que celle évo:ution de M. de Serre ail été dans l e ministllre ta cause d'une désunion. April, avoir hardiment arb Jré le drapeau du libérali-me et rait race sur tous les terrains à l'ennemi, ~l. De.;azes rut pris d'une sorte de timidité. li avait des velléités el non de la volonté. Une aclion énergique le prenailtout entier, el lïnslant d'apr~s ne trouva il plus en lui le même ho.nme. Ce qui lui a le plus manqué à celle époque, c'esl la per.istance des vues el la rermelé dans le dessein. Il rrappa;t à la Chambre un coup, ameutall les colères, el puis ne prenait du lendemain nul SJuci. Ainsi, il laissa s'organlsP.r les missions à l'intérieur, et le ruai qu'elles firent, dans les préJications violentes qu'elles jetaient à tout le pay,, rut incalculable. A leur tèle se trouvait le Père Rouyan, à qui l'idêe élail yenuo de converlir à la foi tous les Françai,. li parcourut le Centre de la France, l'Oues t, la Dretagne, nec une cohorte fanatique qui soaffiait le feu des discorde; parto ut où elle 1'arrèlall. Tantôt elle organis1it de. cérém,nies à l"églis!, tantôt elle hi,sait nr une hauteur, à. dos d'hommes, une cro:x mon·1ment1Ie qui s emblait, de

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==