000 1-llSTOlllE SOCIALISTE ses veines, comme les yeux des mères, étaient taries. Le spectacle olTert était elTroyable. Toute la jeunesse fauchée av,mt !"âge, l'adolescence ellemême enrôlée, les ateliers et les sillons vidés pour emplir la caserne et, dans les villes, seulement des vieillârds et de tout jeunes hommes, la virilité r.,vie par la bataille incessante. Des réfractaires hâves, pâles, traqués; des mères dont les lèvres se chargeaient de malédictions muette,. Ni commerce ni industrie. C'était là que l'avidité d'un homme, !"ambition désordonnéll, une fureur de conquêtes avaie,ü mené la France. C'est vrai, el jamais on ne trouvera de trop sombres couleurs pour ce tableau ... Mais qui avait acclamé, au retour de ses chevauchées à travers l'Europe, l'homme néfaste par qui sombrait 1., patrie? Qui a vail trouvé les flatteuses formules pour ajouter à l'auréole du génie qui venait de ravager le monde• Les mêmes femmes, les mêmes hommes, la même société, la même lie qui, maintenant, débordait dans l~s rues pour acclamer le vainqueur. Pendant tout le temps qu'avait duré l"inrernale conquête, aucun d'eux n'avait élevé la voix, et les parlementaires et les nobles a1•aient l ,issé à une femme le bénéfice immortel des invectives jetées au colosse. M<ime, ne pouvant ou n"osant protester, ils n'avaient pas gardé devant celle débauche de la force ce silence empreint de dignité et de d '•dain qui inquiète la victoire ellemême. c·est seulement en 18H, apràs s'ùlre tu devant les victoires impériales, qu'à la veille des défaites d~ la patrie, )!. Latué, à la Chambre, avait osé parler; et même, en M. Lainé, on sentit bien plus lard que seul le royaliste, et non le patriote, s'était ému, quand 01 le vil, à llordeaux, hi,ser le drapeau blanc sous la protection de Wdlin;ton, el accepter d'être le préret de la Gironde avec l'appui des baîonnelles anglaises. L~., un, avaient mendié, comme la, famille des La Rochel'oucauld, comme celle de Talleyrand. D'autres avaient trafiqué, comme les L1fllle,el les Péréjoux, el ce n'est pas eux qui avaient souffert de l'inlermina:,lc combJI. Au contraire, le peuple avait protesté: un jour, d.ms le quartier Saint-Antoine, un jeune homme atleint par la conscription s'était placé derrière l'empereur et avait injurié le tyran. E:i vain la police impéri lie l'a l'ait voulu capturer. D'autres fois, des conscrits criaient dans la capitale, appelaient au secours, et la population les ra vissa il aux soldats. Et maintenant, c'étaient le; hommes du peupld qui étaient consternés, c'était la noblesse mêlée de roture enrichie qui fléchissait le genou devant le vainqueur. Ainsi elle remer~iait le vain.:iueur de lui ramener le gouvernement royal, les vieux privilèges, les vieilles castes, en u,1 mol, tout le passé. De plus, elle défendait ses richesses, cherchant dans lu paix, le lucre, la rémunération, le profil, abritant ses intér~ts politiques et mercantiles dans l'invasion comme elle les avait abrité; hier· dans J"émigra- !ion. C"était l'émigration qui revenait en armes. Au seuil de la Restauralio:i, se rencontraient les deux courants d'autrefois, les deux ennemis, les
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