René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HlSTOIRR SOCIALISTE à mesure que le défilé s'avançail dan• Paris, ceux qui le guidaient pcrdire•ll leur crainte. Dès qu'il eut pénétré clans les quartiers riches, sur les bouleTard,, à la fureur marquée dans les quartiers populaires succéèa, sans môme la transition du silence, l'accueil le plus chaleureux. Tous ceu"< qui pos-édaienl, toule la richesse, toute la noblesse acclamaient la coalition victorieuse de la patrie. Une atmosphère d'adulalion enveloppait les alliés. A la Madeleine, ce fut du délire, on criait : • Vivenl les liMrateurs ». Des cosaques libéraienl la France 1 ~lais on cria il surtout: "Vivent le, Bourbons 1 » Une troupe de jeunes hommes, ardente, aclivc, circulait, acclamait la royauté d'autrefois. Ce cri n'avait aucun écho. Peu d'homme,, sauf les vieillards, .avaient entenrlu crier : « Vive le Roi. » Quanl aux Bourbons. la splendeur impériale avait fail tort au pâle souvenir que l'on aurait pu garder de princes médiocres. On criait tout de m~me. Des balcons mondains, surchargés de femmes élégantes, descendaient des baiser;. Quelques dames de l'aristocratie el de la bourgeoisie rompirent les rang~ des soldats pour remercier plus tendrement « tes libérateurs» . La comtesse de Dino, nièce cle Talleyrand. monta en croupe sur le cheval d'un cosaque. D'autres rilalisaient de bassesse, et, tandis que les filles publiques elles-mêmes gardaient leur prostitution de cette souillure, les femmes du monde comblaient de leurs care,scs les sold ,ts meurtriers d'autres soldals - qui étaient couchés aux portes de Paris. Quatorze mille allié.;, en effet, six mille Frauçais é,a ,,nt morts , des blessés agonisaienl sans soins ni remMes, et la salurnale royaliste conlinuait. Les hommes ne furent pa; inférieurs da11scette émulation tics servitudes. Un Maubreuil attacha à la queue de son ch~val la croh d'honn •ur. Un Sostbène de La Rochefoucauld voulut, en , ain, faire tomber sur la place Vendôme la colonne. Bien entendu, il avait rPçu de ~apoléon un supr~mc bienfait: la re,titution de ses biens confisqués par la Révolution, au, temps de l'émigration. L'empereur Alexandrè, le granrt-duc Con,lantin, le roi de Prusse cachaient à peine leur d(goQt. L'un se rapp~lait que la jeunesse allemande s'étail levée pour mourir en faco de l'inv,1sion. L'autro se rappel tit que l'aristooratic russe avait fait de Moscou un dé,ert arnnt d'en f,,ire un brasier. Et leurs yeux étonnés mesuraient, en cet.te journée d'humiliation, la profondeur de la chute. C'était bien la chute, P.!l effet. La souill11re n'était pas dans la défaite qui suit la victoire, dans l'invasion d'une France vidée par le despotisme, dans la red lition de la capitale, ni certes dau, le triomphe éphémère de l'ennemi. La souillure était là, dans l'accueil que la bourgeoisie enrichie par la Révolution, l'aristocratie impériale et l'aristocratie raya - liste faisaient aux soldats envahisseurs. Certes la guerre avait été terrible, et la défaite napoléonienne apparaissait à quelques-uns comme le gage du relèvement de la patrie. Jamais pays n'avait plus mérilo le répit que cette pauvre France. Depuis vingt ans, par mille plaies ouvertes, son sang avait coulé, et

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