René Viviani - La Restauration : 1814-1830

h ~ ·31, "'Ji 3 -1-1 ~ tt .; ,{ 128 lllSTOIRE SOCIALlS'fll doutables. II y avait là le parti du m'nislore, co:nposé de fonctionnaires en acti l'ité, le parti ullra-royaliste, constitué par la grande aristocratie de nom ou de fortune, et le parti des indépendants où d"anciens officiers de l'Empire, des avocats, des médecins trouvaient place. A la veille du scrutin, pour frapper un grand coup sur les masses, M.Decazes fit révoquer le co:nte d'Artois de son grade ac colonel-général de la garde nationale, et du môme coup MM. de La Rochefoucauld el de Bruges, ses aides de camp, qui faisaient peu à peu de ce corps l'instrument armé des ambitions du prince, perdirent leur emploi. Ce coup hardi, approuvé I ar le roi, que la Note secrete avait irrité, fut décisif. Les élections du 28 octobre 1818 furent un désastre pour les ultra,: il, étaient 16 députés sortants, 4 furent réélus. Les ministériels étaient 36, ils revenaient 28 avec une perte de 8 voLi. Les indépendants étaient 3 el ils revenaient 23. Tout le triomphe était pour eux. La Fayette et Manuel étaient élus. Lorsque M. de Richelieu, qui était demeuré à Aix-la-Chapelle avec les souverains el leurs ministres pour régler certdines stipulations pécuniaires, suite du traité du 9 octobre, apprit le résultat des élections, il fut atterré. Il comprenait qu'il ne pourrait atténuer auprès de l'Europe officielle le mauvais efTelde la nouvelle. Il ne se trompait pas. Les colères, encore que contenues, fureçt vives et M. de Richelieu était d'autant moins capable de leur faire face qu'à un moindre degré, il est vrai, mais sincèrement, il les partageait. Un autre homme aurait pu demander à l'Europe de faire crédit à la France, d'avoir foi en son génie, et montrer que l'ordre véritable el profond, celui qui rouvail être le gage d'une paix durable, devait sortir du libéralisme et non de la violence déréglée des soubresauts royalistes. Mais pour M. de l\ichelieu, les indépendants formaientï•avant-garde de la Révolution et ses yeux étaient obscurcis des funèbres visions qui avaient attristé son jeune âge. Il se promit de faire efTorlpour raire dévier le cabinet et le rapprocher de la droite. En attendant, par des altitudes fort nettes, les diplomates montraient leur confiance en notre pays. Lei" novembre, avant de connallre le résultat des élections, ils avaient noué avec la France une alliance. Un peu plus la1·ù, au reçu de la nouvelle, ils renouvelèrent le lrait,é de 1815, ils firent de la Sainte-Alliance une concorde agressive pour nous, chacun des pays signataires s'engageant à faire appel même à la guerre pour rétluire le pays de la Révolution. M. de Richelieu revint, el même au milieu de3 fMes où l'on célébra, avec raison, son succès, il ne put d•rober au regard les soucis qui le minaient. Comment tenir son imprudente promesse? Il se convainquit vite que M. Decazes ne laisserait pas échapper le pouvoir et que, loin d'avoir satisfait son ambition, il l'avait a0crue. Déjà, M. Decazes, qui avait été à l'intérieur le vrai premier ministre, tandis que M. de Richelieu était plutôt l'homme de l'Europe, se demandait s'il allait longtemps partager la popularité avec c

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