René Viviani - La Restauration : 1814-1830

598 lllSTUII\E SOCIALISTE sani,lanle <le la Restauralion. En rn'ze ans, ses mains auront tenu el laissé choir 11, u, couroQnP<. La ra il11lntion a l'ait été ~ignée à minuit. Le lendemain devait marquer le rt 1filé à lrnvers Paris des tronpes alliées. La roalilion allait enlln pouvuir che, aurher victorieuse dans les rues de cette capitale où tant de merveilles étaient arrnmulècs. C"était la rapilale de la Rérnlution, la npitale de l"Empir,•, la rilô prodigieuse d"oil tant rl"rclairs arnient à l'Europe annoncé la foudre. Au devant des cinquante millt, hommes admis à celle fèle de la ,icloire marchait l'en,p,·reur Alexanèrc. JI était pote et grave, sentant enfin qu'il omit le rôle entrC\'U par un or~uPil qui ,·oulait se Mguiser en bonté, m:illre clé Paris, Lenchanl au bul, ren· 1ant à Napoléon la triomphale vi>ile de 1to,cou qui avait vu les aigles victoriPuses, comme Paris voyait maintenant les ai!(IPs vaiornes. A sa droite, Schwartzemherg, le généralissime, repr, 1sPnlant l'emprrPur rl'Autriche, Je père rie ~Iarie-Loui,e encore impéralri re des Français. A -a i:auche, le roi de Prusse. Le cortège impérial s'arrêta il la porte Sainl-)lartin et de là le défilé commença. Il rle,ait durer la journée rntière et ne sr trrmir,er qu'à cinq heures du soir. Un cirl de prinlemps par rn clarté douce s'était fait le complice do celle fêle de la force. Jamai~, dans une journée plus lnmineu,e, une plus éclatante avalanchr rl'unHormes bariolé- n'avait pa,sé; jamais, mur dans les autres capitales, rn ct·autres Lemps. qnand ramhilion napoléonienne imposait aux Yaincus la dure loi qui mainlrnant l'ahais-ait. Une rarticularité, qui fut vite e,1>liquée, causa: a-t-on dil, un malentendu politique, un peu trop l(rossier crpen<lant. Tous les soldats de la coalition portaient un brassard hlanc au bras droit. Le bruit se répandit que c'était un symbole de paix auquel la population opposa le même symbole en arborant des mouchoirs blancs. On dit qu"Alexandre prit ces mouch,>irs blancs pour des symboles royalistes el fut frappé de la sympathie suhite dont étaient entourés les Bourbons. Cela parait bien inadmi-sible, d"autant plus que la raison pour laquelle le brassard avait été. placé fut divulguée: les troupes de la coalition s'étant un four, clans la mèlée des uniformes, méconnues au point de se fusiller, le brassard leur de,ait servir de signe de reconnai~sance. Une foule immense, sans cesse accrue, couvrait les rues, si bien que les colonnes ennemies, presque étou[ées, lloltaienl avant de retrouver leur roule. La crainte des officiers, des ofllciers russes surtout, la crainte plus tard avouée par eux,fut très ,ive. Dans les quartiers I opuleux,aux environs de la Bastille, le peuple avait manifesté à la fois sa tristesse et sa fureur. Des cris de : Vive /'Empereur étaieàt partis, moins pour saluer à !"agonie une dynastie condamnée que pour condenser dans une acclamation sonore toute la colère et toute la protestation. Même un officier russe, saisi, désarçonné, blessé, n·avait été arracha_ des mains populaires que par la force. Mais,

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