Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

IIISTOIRE SOCIALISTE 505 juste litre célèbre qu'est le Radeau de la Méduse. Elle surprend encore par la vigueur el la hardiesse du dessin, par la force du coloris el par de merveilleuses qualités de composition. Les poses el les gestes ont gardé une puis- ~ance pathétique qui, le plus souvent, provoque l'admiration; enfin, pour la première fois, on peut dire que le réali,me faisait son apparilion ~n peinture p:H' le souci d'exactitude, de vérité et d'émotion dont le peintre ne voulut Jamais se départir. L'œuvre, exposée au Salon de 18Hl, n'obtint point le succès qu'elle était en uroit d'attendre. El ce fut en Angleterre qu'ou l'apprécia comme il con- ,enait. Géricault ,c rendit dans ce pa~·s et il y lravailh long-te1111.hc.·e,t là quïl con,posa plusieurs tableaux où il étudie a,ec un talent' pénétrant des anin,au~. des chevaux. La plus remarquable de ces drrnières œunes est assurément son Grand Duby d'Epsom, qui obtint un prodi1sieu, succès. Le Louue, fort heureusement, a reconquis le Radeau de la .llédu,e, et celle œuvre forte et poignante suffit à prouver toute l'originalité d'un peintre çui, délibérément, abandonnait les règles de l'art officiel pour s'e[orcer 1ers la réalisation d'œuvres remplies seulement de l'émotion que recèle la vie. Avant de donner quelques détails sur Ingres, il convient de citer un certain nombre d'artistes auxquels des œuvrcs assurent, à des mérites divers, une renommée duraLle. On peut dire, en ce sens, de Prudhon que des qualités de charme et de grâce en font un peintre aimable et non dépourvu de talent. JI a laiss6 des toiles d'un aspect agréable, dans lesquelles il ne faut chercher ni la force ni le pathétique. Tout au plus une émotion légère les pénètre-t-elle? li excelle surtout dan, les allégories, où sa manière sereine et sobre se fait apprécier. Bien qu'il n'eût pas manifesté une personnalito éclatante, on a garùé le sou,enir de quelques-unes de ses toiles qui plai,ent par leur élégance, leur gril.ce et leur distinction : Vénus et Adonis, z,.pltyr se balançant dans un bocage, el surtout la Justice et la !"engeancepourrnivant le Crime, œuvre d'une inspiration plus forte et d'un dessin plus ferme. Guérin et Girodet retiennent moin, l'allention, encore qu'ils témoignent assez souvent, l'un et l'autre, de certaines qualités d'expre,,i.Jn dramatique t'l de compo:;ilion. Mais ce sont là surtout des peintres zélés, oc ,upés à ,cquérir un métier solide, pl.us important à leurs yeux que l'inspiration. Nous avons dit quelques mots de Gros. Cc fut, en efîet, un des peintres les 1,lus convaincus de la grandeur de l'époque impériale. Ses œuvres sont inlJlrégnées de sa sincérité. Souvent, dans des sujets de la plus simple réalité, il obtient les plus pathétiques e[ets par son zèle à reproduire, ùaus toute leur v~rité, les traits des personnages qu'il représente. La lumière des toiles de leur Gros est souvent peu agréable, lourde; il n'a point acquis ln perfection de la manière, el ne possède point les qualités de composition, de méthode et de froideur majestueuse el correcte de son malll'e David. Mais il nous émeut

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