Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

408 HlSTO!llE SOCIALISTE garantie du lib,'ralisme dont elle use emers ce peuple. Elle ne manque 1>as, d'ailleurs, de déveloJ)per souvent les avantages qui ressortent de la ditîusion à tra\'er, le monde de toutes les littératures nationales. Celles-ci sont, pou~ elle, mieu., qu'un document sur l'état intellectuel d'un peuple, mais la source même de !"originalité. On peut enfin affirmer justement l'influence considérable exercée pa,· :11·• de Staël sur réveil de l'esprit romantique. En maints passages de l'A lle111a911e, lle {élève contre le ctogmntis!ie étroit et conventionnel des rûgles de rart classique. La médilatiQ11 féconde et le génie souple, large et rêveur des .\llemands, la richesse et la di "er,ilé de leur inspiration ont profondément modifié ,on es:irit jadis empreint de rationalisme. Les fougueux polémistes et les bruyants écrivains de 1830 se souviendront de ses violentes diatri!Jes contre les dogmes surannés d'une époque esthétique qui avait alors donné toute sa mesure. Ainsi, par leur envergure i11tellectuelle, par leurs personnalités retentissantes et par leurs œuues ,i justeme11t célèbres, Chateaubriand et ~1.'. de Stai'l, laissant loin derrière eux la 1,léïade des écrivains craintifs ou médiocres, sc,nt le, deux noms immortels légués par les lettres contemporaines de Napoléon. Il est ù remarquer, et c'est un document simple, mais précieux pour la philosophie de l'histoire, que ces deux grande, figure,, malgré leurs oppoeilions et leurs dissemblance,, demeurent célèbres, non seulement par la force des œ11v1·eslais,ée-, m ,b p 1r la lieaulé d'une vie con-acrée à lutter contre un pOU\Oirù·opprc,-ion. Si l'on fait la parl de,; e,clamations oratoires el de ces postures complai~amment héroïques, à la jouissance desquelles tant tl'écri\ ains mélés aux alîairi,s publi<jues se sont abandonné,, il y a, dans les hro.-J1ures politiques de Chateaubriand et dans les Di.c années d'exil de :11·· de Slaël, des pages encore ad1niraliles, des appels p,,thétiques à la justice et à la liberlé de p~nser, des im1•récations généreu,es conlre celui qui avait re,ulu de ramener sous son joug l'unanimité des éne1·gies humaines. Au milieu de la contrai11te générale des esprits, des bassesses el des turpitudes qu'exigeait l"empereur de ceux qui semblair•nl le plus soucieux de leur indépendance, ~1•• de Staël et Cba!eaubriand symbolisent la lutte de l'idéologie ~ontre les forces a,eugles de la tyrannie. Et c'est dans cette aclivilc il chaque inslanl démantelée par les spoliations, rextl ou la mise au pilun qu'il faul ,oir dans une certaine mesure la personnalité profonde qui imp,ègne leur art. Na1oléon, qui prétendait conduire à son gré les multiples forces de l'évolution, reucontra deux esprits que son audace ne put réduire au ,ilence. Chateaubriand et ~1-· ùe Staël, pour l'honneur des lettres oalionale-, ne consentirent point à abdiquer les droits d'exl'ression libre qui sont le patrimoine de la I ensée humaine. Et leur œuvre, par des qualités puissantes de l) risme, de force intellectuelle et de sensibilité, manifeste denx per:;onn alités ardente~, soucieuses de leur autonomie, s'efforçant d'opposer,

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