Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

HISTOIRE SOCIALISTE 407 l'allure et le ton de ces œu vre,s dont on déplore avec raison la fadeur et le fam naturel. D'ailleurs, l'intrigue fort lâche el peu passionnante assure entre les descriptions, les notes el les réflexions, une continuité artificielle el pnr trop facile. Le sentimentalisme d'une femme toujours avide d'aimer ou d'être aimée s'y accommode de la sécheresse descriptive et de l'absence totale de pilloresque. Elle ignore la couleur et ne sait guère rendre pathétique un l:onflit de sentiments. La force dramatique lui est tout à fait étrangère, et, si nous aimons à suivre le récit de ses aventures, c'est moins pour l'émotion qu'elles recèlent que pour la vivacité, l'esprit et la sensibilité qui les animent. Ses dispositions pour l'idéologie et la psychologie sociale furent heureusement développées par les événements auxquels elle se trouva mêlée et par les voyages qu'elle fil à travers l'Europe. Elle gagna ainsi une érudition générale, encore que superficielle, dont on retrouve les preuves dans son œuvre : De la Littérature considérée dans ses rapports avec les il;stitutions sociales, et parmi ses Considérations sur la Révolution française. Mais, à coup sûr, le livre de l'Allemagne, publié en 1810, l'emporte de beaucoup sur ces e~sais, dont quelques-uns sont confus ou remplis de proposilions erronées. Mm• de Stael, en visitant la patrie de Goëlhe, s'était trouvée dans les conditions les meilleures pour faire de ce pays une analyse psychologique des plus curieuses. Son nom déjà célèbre, ses querelles politiques, ses aventures et l'intérêt qu'elle excitait partout avaient contribué à lui faire ouvrir toutes les portes. Elle vil Schiller, Gœthe et Fichte et l'on n'a pas oublié la i,étulance et la volubiiité que .\Im• de Staël apporta rlans ses entretiens avec ces penseurs profonds. Elle étonna les uns, ,gêna les autres, en les indisposant par un flux de paroles et de reparties morda~tcs. Ce rnnt justement ces qualités de l'âme allemande qui formaient avec ses tendances naturelles un si violent contraste, qu'elle sut analyser et exprimer a,·ec le plus d'intensité. Son intelligence, fortement pénétrée par le rationalisme de !'Encyclopédie, gagnée d'avance aux raisonnements clairs, aux idées abstraites rorl exactes el précises, démêla surtout dans l'esprit germanique la prépondérance de la rêvasserie métaphysique. Elle remarqua cès combinaisons sp, ciales à l'âme allemande du sentimentalisme mélancolique avec une idéologie confuse et fort préoccupée de réalités surhumaines; mais elle a compris la richesse et la profondeur des spéculations d'un Gœthe. Si ses tendances paraissent l'orienter vers une conception esthétique plus classique, plus so!Jre, plus latine en un mol, et d'ailleurs justifiée par ses origines, son tempérament el son éclucation, elle apporte assez d'int~lligence à l'étude des littératures étrangère~ pour en discerner la force el la personnalité. Le pittoresque attendri des J,Oètes allernands, leur imagination féconde el rêveuse, , leur sentiment profond et leur compréhension philosophique de la nature l'ont charmée. Aussi cette conquête de son cœur et de son esprit est-elle une

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