Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

496 HISTOIUE SOCIALIS,TE L'œnvre de )t•• de Staël nous a paru si profondément liée aux moin,lres rirco11,1anccs de sa vie quïl cOL été nérasle à celle-là de ne point développer un I eu plus longuement celle-ci. L'héroîne de Lous ces livres empreints de sentimentalisme, de fougue ou de finesse critique esl toujours M•• de Staël. Qu'il s'àgisse de Delplii11e ou de Corinne ou de ses traités de psychologie sociale, c·e,t toujours sa personnalité débordante qui anime, soutient et vivifie l'action. Qu'elle s'efforce vers l'idéologie pure dans ses Considérations mr la Révolution, qu'elle lente, dans ses Dix années d'exil, de réaliser la forme majeslucusé de l'histoire, ou qu'elle consente à demeurer la femme sensible, vive, amusée, qu'elle est 11alurcllemenl, dans Delpltine, elle ne parait guère se transformer. Sa nature ardente el compréhensive, mais dépourvue d'imagination, sa souple,se et son activité s'accommodent de toutes les questions. Elle ne recule de\·anl aucun problème, quelque profond qu'il lui puisse paraitre, en essaie plusieurs solutions, le tourne, le laisse, y revient ensuite avec Ioule la lcgèrelé d'une femme qui se grise elle-même au charme de sa causerie. Toute l'œu \TC de )I•• de Staël se ressent de celte éloquence continuelle; on y trouve une infinie variété de digressions philosophiques ou sentimentales à propos d'anecdotes futiles. On pourrait croire que les voyages vont déployer en elle un pilloresque à la Chateaubriand, que ses mésaventures vont lui donner un pes~imisme romantique el u11cexaltation toujours prête à des excès de vthémence lyrique ; il n'en est rien. L'Allemagne cl l'llalie laissent au cœur cle celle qui les visita des souvenirs d'autant plus durables qu'il~ wnt plus humaias. M•• de Staël n'a poial de tendresse pour les paysages; elle en parle ou les décrit avec une froideur conventionnelle el une pau\·relé d'émotion qui fait songer à la nature composée, a:iencée par les écrhains du \\'Ill• siècle ou les peintres de l'époque. En revanche, peu sensible à la plastique et à la profondeur iles arts, peu cnpable d'aninwr des èlres il'une psychologie ténue el comvliquée, elle manifeste une int,•lligence (\élicieuse des faits el iles choses; évidemment, elle les juge en femme el, comme tellL', elle s'aulori,e d'afflrmer tranquillement des propo,ili ns p•·u jthlifiées ou in,outenables ; néanmoins, son esprit esl à ce point Otl\ erl aux idées ingénues qu'il abonde en saillies impr(,vues, en synthè,es rapitles, en rapprochements heureux. )11 .. de Staël n'est poi11l émue par la grandeur sereine ou les vivaces splendeurs des vestiges du passé; mais ell<' dira mieux que personne, el fort nalurelkmcnl, lïnlérêl hi,torique, i,l,·olo~iq11e,qui s',1llache au spectacle qu'elle a sous le- )'CU\. il arrivera <JUl'lqucruh qu'elle reconstitue rapidemc11l, d'après des 1lorn111cnlsincomp...t 011 r,•,lreints, la psycholo 6 ie d'un peuple dhparu. l:lle e,t donc arnnl Lo11lune lemme d'esprit qui distribue un peu au ha,ard lrs réponses llnc, ,l'u e inll'llii;ence curieuse des manif~slalions les plus compliquées de l'acli n hnmnine. Dclp!,i11e cl Cori1111e sont deux romans aujourd'hui fort désuets. Ils onl

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