480 IIJSTOll\8 SOCIALlSTi<; l'i·poque sont précisément Chateaubriand el M•• de Staël qui, lvus deux, refusaient des ·agenouiller devant le C'sar. Il n'est pas inutile de rappeler dans quelles circonstances particulièrement dramatiques s'étaient écoulées les premières ann&es de l'existence de Chateaubriand. Une vie si palhélique el si mouvementée, de, aventures si propres à ce tempérament passionné, del'aient, au lieu de le contenir, lui donner une sorte d'exaltation grandiloquente, dont il ne pul jamais se départir. Partagé entre des désirs contraires, incapable de faire preuve d'une énergie s0re et réfléchie, il hésite d'abord entre plusieurs vocations pour lrsquelles il n'avait d'ailleurs aucune inclination naturelle. La carrière ecclésiastique lui parut correspondre ùses ferveurs mystiques, à se; enthousiasmes religieux, mais il ne garda pas longtemps cette idée, et nous le verrons, en 1791, après la mort de son père, partir pour l'Amérique et explorer !'Hudson, les lacs du Canada et la Floride, se passionner pour la vie primitive des Natchez, des ~Jasrogules el des llutons. Au bout de quelques mois rie séjour, il revint en France, se maria, puis émigra en 1792, à la suite des princesses qu'il voulait défendre, non que son z;.1 e pour leurs personnes l'engageât à le !aire, mais en raison du respect qu'il avait pour la royauté. Ce fut à cette époque que commença pour lui nne ère de malheurs et de misères matérielles telles, qu'on s'étonna fort de J'en voir sortir. Les hle,sures, la faim, le froid, les maux de, toutes sortes l'assaillirent en même temps. Engagé à Coblentz, dans la septième compagnie bretonne, il fut, pPnclanL la défense de Thionville, atteint de la petite vérole, ble-sé à la cui,se lors de la retraite des Prus;;iens cl abandonné dans un fo,sé. li ful trouvé là par des soldats qui le jetèrent dans un fourgon, où il reçut en pas•anl les soins des lemmes de Namur, ce qui ne l'empêcha pas d'arriver mourant à Bru ,elles. Son frère parvint ensuite à le faire embarquer pour Jersey dans la cale d'un petit hateau, où son étal parut si désespéré que le palron, pendant une relâche à Guernesey, l'abandonna sur le rivage. llecueilli par des pùcheur;;, il retrouva enfin quelque, forces et pul gagner Jersey, puis Londres, où il supporta une vie ùe pri\'ations et de misères indiciules. Aux soufTrances physiques qu'il supporta en AnglelerrJ, se joignirent pour Chateaubriand les douleurs morales les plus cruelles: c'est là, en e,fet, qu'il ap!Jril successivement le supplice de son frère el de sa belle-,œur, montés sur l'lchafaud en 1794., l'incarcération de sa ,œur Lucile, de sa femme, el enfin la mort d'une autre de ses sœurs, Jltm• de Fourcy, el de sa mère. C'est à cette époque que l'ancienne ferveur qui Jadis avait dominé son eRprit I edevint prépondérante, el Chateaubriand ressentit à nouveau les eo-
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