Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

HISTOlllE SOCIALIS'rt,; 4S1 thousia:,mcs rcligieu., d ou devaient nallre le G 'nie du C!t,·i,1i1111irn,e et les Martyrs. Ce furent des événements douloureux qui, en le frappant au cœur dans ses plus chères atrections, occasionnèrent cette évolution. La mort de sa mère, puis d'une de ses sœ•1rs renouvelèrent en lui des inquiétudes métaphy~iques auxquelles le mysticisme pouvait apporter, chez un homme si plein de sentimentalisme et prédisposé naturellement aux errements de l'idéalisme, une solution éphémère. A ce moment, il commença de publier le Génie du Christianisme, dont on admira unanimement la langue puissante el émue, sans adhérer cependant avec autant de vivacité aux idées que le livre exprimait. Plusieurs de ses contemporains, écrivains ou penseurs, l'entourèrent alors d'une atrection sur laquelle il reposa son cœur Lourmenté. ~lais, toujours incertain de ses destinées, 1 bant avec la plus grande sincérité des positions el des honneurs où il se croyait indi,pensablc, Chateaubriand ne consentit pas à demeurer dan, celte atmosphère fervente où se; admirateurs tâchaient de le conserver. La vie politique le tentait, non pour les avantages grossiers qu'elle procure tout d'abord à ceux qui s·y font une place prépondérante, mais pour les services incomparables qu'il prétendait pouYoir rendre. Ce sentiment de confiance absolue en soi, cet orgueil altier, se manirestaient dans cette curieuse brochure : de Buonaparte et des Bourbons, quïl publia en 1811, et maintes lois aussi dans le; !,Jémoires d'Outre-Tombe. Est-il nécessaire de rappeler quelque$-unes de ces phrases, dont la tournure prête à rire, quelque admiration qu'on veuille conserver pour la sincérité des convictions de Chateaubriaud : « Mon article remua la France, et ma brochure avait plus profité à Louis qu'une armée de cent mille hommes »; ou : « Et si j'étais mort à ce moment-là, s'il n'y avait pas eu de Chateaubrian I, quel changement dans le monde 1• En 1801, il publia Atala, un an après le Génie du Cltl·istianfone. E11 i804, l'assassinat du duc d'Eaghiea l'exaspère; il se démet d'un titre diplomatique dont il avait les prérogatives en Suisse, et c'est peu de temps après qu'il s'embarque pour l'Orient d'où il rapportera l'une de ses plu; belles œuvres : les Martyrs. Il brOlail encore de jouer un rôle dans les atraires publiques, et son retour en France le remet aussitôt dans la lulle. Ses colères contre Bonaparte n'avaient lait que s'accroitre. Les tyrannies impériales, les entraves mises aux moindres reformes d'activité nationale, ses comparaisons avec le libéralisme heureux de l'antiquité, lui suggérèrent un article Yiolent qu'il publia dans le llln-cure, en i807, et gui - on en jugera par le court passage que voici - eut dans l'opinion publique un immense retentissement: • Lorsque, dans le silence de l'abjection, l'on n'entend plus retentir que la chaine de l'esclave et la ,olx du délateur, lorsque tout tremble devant le

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