HISTOIRE SOCIALISTE 471 tyrannie. Fouché lui-même nous raconte la façon de procéder de son successeur. « Savary crut qu'il arriverait à être influent et puissant s'il avait une cour, des créatures, des parasites, des gens de letlres embrigadés à sa table et à ses ordres. Alors s'organisèrent dans les salles à manger de la police les fameux déjeuners à la fourchette présidés par Savary et où se réunissaient h1bituellemenl les publicistes à gages qui correspondaient avec l'empereur el les journalistes qui aspiraient à recevoir des directions el des gratifications. C'était là que Savary, excité par des traits d'esprit de commande el par les fumées d'un large déjeuner, leur intimait ses ordres sur la tendance que chacun devait donner à sa littérature de la semaine. • Eh bien, si invraisemblable que cela paraisse, on s'inquiétait encore, non de ce qui se 1>ouvait écrire (les précautions étaient bien prises), m~is même de ce qui se pouvait penser : el des courtisans pleins de zèle imaginaient des procédés de distraire l'attention publique. Lisez plutôt cette propo-ition curieuse qui rappelle, par une analogie frappante, l'histoire fameuse de la queue du chien d'Alcibiade. Elle émane de Lemontez et elle est datée du 24 mai 1812 : « Il y a dans ce moment une grande disette de nouvelles littéraires et théâtrales. C'est le meilleur aliment pour les oisHs de Paris, et quand ils en sont privés, leurs conjectures s'exercent sur la politique. L'Esp1gne prend la place du Théâtre français, la Russie celle de la musique el le gouvernement devient le point de mire de tous ceux qui causent parce qu'ils n'ont rien de miem à faire. Une discussion un peu vive sur des objets d'art et de littérature ~erail excellente en ce moment. JI me parait facile de l'établir par le moyen des journaux; mais malheureusement ils paraissent tous faits sur le même moule et n'excitent aucun intérêt. En faisant prendre à chacun un rôle, on peul établir une lutte d'opinions qui amuse singulièrement le public el qui suffise pour faire les frais de toutes les conversations des salons. L1 discussion qui a existé entre M. Geoffroy el Dussault dans le Journal de l'Empire a non seulement occupé le public de Paris, mais, d'après tous les renseignements que j'ai rrçus, elle a produit beaucoup d'effet dans les départements. L'ahonné qui a lu l'attaque attend la réponse avec impatience; chacun prend pal'Li pour ou conlre; les oisifs discutent, les beaux esprits écrivent el celte diversion de l'opinion produit les plus heureux effets. • Il y a aujourd'hui un objet sur lequel on enflammerait aisément tous les esprits: c'est la musique. Il n'y a personne à Paris qui ne s'en mêle; ceux qui ne la savent même pas en raisonnent el ce ne sont pas les moins passionnés. La musique italienne et la musique française sont en présence. Le Conservatoire de musique a ses prôneurs, !'Opéra-Bouffe a ses fanatiques. Au premier signal, des flots d'encre vont couler et Il y aura combat à outrance entre l'harmonie el la mélodie, Si Voire E1cellence approuYe l'idée
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