Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

470 HISTOIRE SOCJALIS'rE liais ,·e n'é1ait pas seulement le contenu des journaux qui horripilait Napoléon : leur litre même suffisait à lui porter ombrage; aussi le Citoyen dut-il, en 1805. prendre le titre de Courrier français; le Journal des Débats du1 s'11pel,•r le Journal de l'Empire. L'o1s,enissement ne lui paraissant ,,as assez complet, une idée nouvelle se manifeste dans une lettre adressée le 6 mar, à 'fdlleyrand : • Mon intention, écrit-il, est que les articles politiques du Moniteur soient fails par les Relations extérieures. Et quand j'aurai vu, pendant un mois, comment ils sont faits, je défendrai aux autres journaux de parkr politique autrement qu'en copiant les articles du Jlfo11ite11r. » On ne s·ar10la point dans la ,oie de l'arlJitraire: à me;ure que la popularité de l'empereur allait décroissante, que ses fautes se multipliaient, qur ,a fortune chancelait, Napoléon éprouvait davantage encore le besoin de mettre des entra,es à l'expre,sion de l'opinion, si modérée 10.l-elle. Au mcis d'ao0t 1810, il a1ait décidé que, dans les départements autres que celui de la Seine, il n·y aurait qu'un seul journal, et quel journal! une feuille publique rédigée sous l'œil de la préfecture. Au commencement de 1811, il a,ait divisé la propriété du Journal de l'E11,pile (,.r.cien Journal des Dél,ats) en vingt-quatre actions, dont huit furent attribuées à fa police pour salarier certains écrivains de bonne com1 osition; il se réserva les seize autres parts pour en gratifler ses créatures. La mesure prise à l'égarù c!u Journal de l't:mpire ayant paru bon:1e et fructueuse, l'empereur réunit, eu septemlJre de la même année, sous lè nom de Journal de Paris, le Coul'rier de l'Burope, le Journal dit Soir, le Journal dt, Commerce, la Feuille Economique et le Joumal des Curés. li divi.a égal~meut ce journal en vingt-quatre actions auxquelles il assigna la même destination. Quelques jours aprè; il autorisa la publication de treize feuilles scienti0g'ues, mais en leur interdisant form, llement la moindre cxcu, sion dans le domaine de la politique. Enfin, le 26 septembre, il rendit un décret aux termes duquel la publication cl'une feuille périodique d'affiches, d'annonce~, et d'avis diver, était autorisée dans quatre-vingt-seize 1illes de l'empire. Di.t-neuf villes, où des fouille; analogues se publiaient déjà, l ou,aient les conserver à la condition de se conformer aux prèscriptions du nouveau décret. Le ministre de l'Intérieur eut seul le droit de r6gler le format et la justification de ces feuilles, auxquelles il fut absolument défendu de publier aucnn article, non seulement de nouvelles politiques, mais de simple littérature! 1 Croirait-on que de semblables mesures paraissaient encore insufllsantes: le ministre de la police Savary se croyait par surcroit obligé à veiller de près sur les valets de plume qui seuls gardaient le droit d'écrire sous cette odieuse t. Voir Hermel : Hilcoir, du Premin- Empirt.

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