Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

HISTOIRE SOCIALISTE La France esl à genoux. Quel immense concours assiège ces portiques! Ministres du Seigneur, redoublez vos cantiques, 0 temples, agrandissez-vous! Esménard farde sa muse et s·écrie sottement : Voici que dans les airs, sur la ville étonnée, Deux aigles font voler le cbar de l'hyménée : La Victoire et l'Amour, s'y tenant par la main, Veillent sur un berceau, espoir du genre humain 1 4.65 Un chansonnier écrit ce couplet stupide qui déshonorerait un mirliton Y allons boire à la santé De Fanfan, l'espoir de la France Et chantons à l'unisson : Vive Louise el Xapoléon ! Mais que furent ces pitoyables rimes auprès des harangues officielle~! Le 21 mars, tous les membres du Sénat, du Conseil d"Elat furent introduit, dans la chambre du nouveau-né et s'inclinèrent jusqu'à terre devant le marmot vagissant. Le p1·ésident du Sénat et l'ancien girondin Defermon adre,sèrent même de~ discours à ce bébé d'un jour : et c'est la gouvernante, Mm•deMontesquiou, qui répondit au ll{\mde l'impérial poupon. On avait à cette époque perJ.u jusqu'au sens du ridicule. Le Corps législatif n'eut, comme bien on pense, aucune di:ficulté à se mettre à l'unisson : à la séance d'ouverture, son président Montagnon proclama que • la France n'a1ait qu'un senl.iment au cœur, celui du bonheur de son maitre, bonheur cimenté 1ar la naissance du prince impérial "· Pni; une députation de vingt-cinq membres composée du président, des deux vice-présidents, de deux questeurs et de vingt législateurs fut chargée d'aller olfrir à Sa Majesté le roi de Rome l'hommage du respect, de l'amour, de la fidélité du Corps lt'gislatir. • Pourtant, malgré toutes ces flagorneries des corps constitués, molgrti le faste des fêtes officielles qui se succédaient à Trianon où l'on singeait les usages de la ,ieille monarchie, l'opinion publique restait nerveuse el inquiète, tant elle ~entait prochaine, inévitable, imminente, une guerre avec la Russie. ::,,ousavons vu combien étail légitime une pareille appréhension. Mais nous avons trop souvent parlé Jusqu'ici de cette « opinion publique•• malgré lout clairvoyante, pour ne par expliquer 1°ourquoi elle fut si complètement impuissante à influencer, d'une manière quelconque, la marche des événements. Et cela nous conduit à dire quelques mols du régime tyrannique inslilué par Napoléon.

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