464 HISTOJnE SOCIALISTE L'opinion publique se f'élicilaitde cette prolongation inusitée d'une période relatil'ement pacifique, mais restait inquiète à la perspective de.nouvelles campagnes que faisaient prévoir des pré;,aratif; militaires et des charges de conscription plus lourdes que jamai,. c·est, en efTel, au mois de décembre 1810 que fut organisée la conscription maritime en vertu de laquelle les gens des cantons lilloraux de trente départements se trouvaient réservés désormais pour le ser1•ice de mer. Dix mille conscrits de chacune des classes de 1813, 1814, 1815, 1816 furent immé liatement mis à la dis1 osition du ministre de la marine : c'éLaient des enfants de treize à seize ans qu'on arrachait ainsi à leur famille pour les transporter sur les vaisseaux de !'Etal. En même temps, un autre sénatus-consulte mellait à la disposition du ministre de la guerre 130000 hommes de la conscription de 1811. Celle fois, la population parut Jasse d'être si fréquemment décimé~ el, dès le mois de fé1rier 1811, Je nombre des rétracta ires s'augmenta dans d'énormes proportions : clans les départements du rentre, de l'ouest -et du midi, près de 80 000 hommes tentèrent d'échapper par la fuite dans les bois, dans hs montagnes, aux recherche, des colonnes mobiles envoyées à leur poursuite. Nous avons cité plus haut la page véhémente où Chateaubriand dénonce le, méfaits des garnisaires, plus redoutés des paysans que l'étranger envahisseur: le pays tout enlier vivait dans la terreur. On lïnvila pourtant officiellement à se réjouir : plus de larmes dans les chaumières, plus de deuil ùan, le; familles : un fil, e,t né à Napoléon; quïmporle alors si aux foyers des pauvre~ gens manque le conscrit envoyé à la mort prochaine. C'est le 20 mars 1811, à huit heures du malin, que naquit aux Tuileries l'enfant chétif', le pauvre petil aiglon soulîreteux et déplumé qui porta tour à tour le; lilre,; pompeux de roi de R Jme et de dur. de Reichstag. L'accouchement lut laborieux, raconte ~1. Arthur Lévy : l'enfant resta près deseplminut,s,ansdonnersigne de vie. i:'iapoléon jeta les yeux sur lui, le crul mort, el ne prononça pas une parole. r;ufln le nouveau-né poussa un cri el l'empereur vint embrasser son fils. Aussitôt cent coups de canon annoncèrent à la Ioule qu'un hérilier était né pour le trône impérial et la joie rn manifesta en tapageuses clameurs. Nous avons donné déjà quelques échanLillons de la bassesse des courtisans, de la platitude <lespersonnages officiels. Paul-il dire que la naissance du roi de Rome fut un nou 1•eau prétexte à dithyrambes pour tous les brûleurs d'encens 1 Les poètes rivalisèrent de lyrisme dans leurs odes, leurs cantate~. leurs stances et leurs chansons. Casimir Delavigne se fait grandiloquent : Quel auguste appareil, quels pompeux 11cri0ces ! Aux autels de son Dieu, dans les saints édifice■,
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==