Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

•08 HISTOIRE SOCIALIS'l'E avec laquelle le mensonge qui lui :;ervail cle rondement s'était propagé, la conspiration de )lalet prouvait à l'empereur le peu d'altachcmcnl de la nation à l't•sprit des in,lilulions el du régime dont il l'avail dolée. JI fallait à toul prh res,abir une autorité que tout, à l'heure présente, menaçait cle ruiner. La seule présence de :'\apokon pou\'l1il réalioer ce prodige el imposer silence aux mécontents. L'empereur complait aussi atl(•nuer les elîcls du désastre que se, armes venaient d op1ou1er par des mewres clont il ne pouvait assurer la stricte et prompte e\écutiou qu'au cœur même du pays : tout en gagnant à hride abattue les frontières de France, il songeait, sans !JU', ucun scrupule panlnt à s'oppo,er aux excès de son in-aliable énergiP, à décréter, d~s son retour à Pari,, de nouvelles levées, d'autres imvôts, des ch,,rges inconnues, sûr d'avance qu'il pourrait, une fo's , ncore, saigner impuoémenl un peuple aveuli el servile, où il ne reslail dt'·jà vlus que des enfants ou des vieillards. :'\apoléon estimait aussi, avec ra·son, qu'une reconstitution rapide de son armée était le seul moyen qu'il eûl ü sa disposition pour mater ses \"assaux indociles, prêts à se débarrasser, au ll!Olllenl opporlun, d'un joug qu'ils subissaient impaliemment. Au sein de ces peuples re,peclueux jadis de la puisrnnce impériale, germait un péril dont la gravi lé allail se révéler un peu plus tard dans toute son étendue; :'\avol<'on avait deviné ces dangers, cl, pour y parer, ne devait pas hésiter à imvoser à la nalion d'inutiles cl suprêmes sacrifices. L'empereur, accompagné de Caulaincourt el de quelques généraux, s'arrôla à Dres .e; il y conversa peu d'instants avec le roi de Saxe, el en repartit presque aussilôl pour Leip,ig el )layence. Le 18 décembre, il était dans la capitale. Cependant le cal vaire do la Grande Arlllée ne devait pas encore prendrb !ln; la température avail alleinl des rigueurs inconnues el décimait les hordes informes, démoralisées, peureuses, que guidaient, en l'absence de l'empereur, Murat, le prince Eugène el ne, lhirr. L'apparition d'une bande de Cosaques ,ulfüail à terrifier ces malheureux rnldals que les privations, les mioères, les l'.ouleurs rendaient incapables de réagir. Le 9 décembre les 12000 hommes qui rormaienl loul l'efîeclir de la Grande Armée entrèrent à Wilna; rien, pas même les ordres de Mural, ne pul ara·~Ler le pillage des maisons el des maga,ins par celle foule affamée, dénuée de tout; ce rurenl d'épouvantables excès auxquels ne purent ré,hter ceux qui s'y étaient abandonnés, et beaucoup payèrent de leur 1·ie la courte orgie donl leur, organismes exténués n'avaient pu soutenir l'effet. On annonça toul à coup que Je, Cosaques menaçaient la ville; c'en fut assez pour provoquer une débaodacTe pitoyable; les dé,astres se sucrédaienl; tantôt l'armée, parvenue au bas d'une rampe couverte de verglas, s'épuisait en elîorts dé,espérés el Inutiles, et se voyait contrainte d'abm1donner ses derniers canons, ses blessés el son trésor; Lan!OI

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