Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

!iOO HISTOIRE SOCIALISTE proru••p tant de vicloires, quaranl,, mille hommes, sur les centaines de mille qui s'étaient rangés au début de la campagne sous les aigles impériales, q11arante mille hommes conslituaienl maintenant l'e[ectif Iola! de la Gran, 1e Armée. La Grande Armée! Quelle ,loulo11reuse el atroce dérision dans ce mot qui ne dé,ignail plus qu'une cohue pitoy.ible, une foule misérable, avilie et martyrisée! Des bruits fàcheux circulaient de toutes paris ; c'eslà Dorogobouge qu'ils par\'inrenl au, oreilles ùe l'empereur. On assurait, en premier lieu, que les cori>s alliés, réduits dans d'incroyables proportions, avaient essuyé d'irréparables échecs. Tchilchahof, Tormassor, \\ïtgenslein livraient des combats victorieux et, grâce aux mouvements qu'ils avaient ensemble concertés, allaient créer à la Grande Armée une si lualion terrible. En même temps que ces nouYClles, qui dénotaient chez l'ennemi une assurance que nos troupes avaient depuis longtemps perdue, parvenaient les bruits de la noul'elle et malheureuse conspiration de ~lalet, à Paris. On se souvient, en elfel, que celui-ci, général de la République, el ennemi déclaré de l'cidieuse politique et de la tyrannie impériales, avait élé enfermé, co,nme fauteur de Lrouhles, d'abord à la Force, puis à la maison de santé du docteur Dubuisson. Cc fut dans ce dcrnirr lieu de détention, où certaines libertés avaient été consenties au prison11ier, que celui-ci entreprit de mettre à exécution ce courageux projet donl il paya l'échec de sa vie. ~lalet sone;eait, a1·ec raison. qu'il était facile, après. al'oir soigneusement préparé à l'al'ance les conditions d'exécnlion du plan nécessité par ce dessein, de répandre et cl'acerédiler, dans Paris et dans l'Empire, le bruit de la mort de ?iapoléon. Celle nouvelle une fois acceptée il sulfüail d'un roui> de force ingénieusement prèmédito pour surprendre le peuple et lui raire admellre la légitimité de l'éta!Jlissemenl d'un nou,eàu régime, basé sur les prineipes démocratiques déjà mis au service du Gomernement par les Assernblées de la llévulution. Quapt à l'attachement du peuple ou de~ grand5 de l'Etat aux inslilulions ou à la famille _impériale, )lalet n'en lai-ait, al'cc rai-on, aucun cas; il y avait longtemps déjà que la nalion désahusée, démembrée, privée de ses plus rohu;,Lcs ,ouliens, aspirait à la liberté el souhaitait en secret la déchéance d'un règne de force que la seule lâcheté des masses tyrannisées empôchait de frapper en face. ~lalet, fort de l'abser.ce de Napoléon, qui légitimait, aux yeux du public, la noul'elle qu'il voulait répandre, s'entoura de vieux compagnons d'armes auxquels il eut l'ingénio<ité de ne pas réYbler rnn secret. JI se mit enrnile à rédit,cr un ,énatus-consulte décrétant l'établissement d'un gouvernement prolisoire et arrôlanl toutes les mesures nécessitées par l'événement qu'il fallait imposer comme aulhenlique à la conscience publique. Le 22 ocloLre, ll,tlel, muni de ses faux papiers, délivra Laborie el Guidai, généraux de la llèpuLlique disgraciés, auxquels ils assigna le commandement des cohortes

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