Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

1ï6 HISTOIRE SOCIALISTE Ici, laissons la parole à M. Flourens, qui, dans la Nouvelle Revue, en 189\, écri,il des pages bien curieuses s1.1r• Napoléon et les jésuites •· « Napoléon, dit M. Flourens, conçut alors une idée digne à elle seule, si elle était jamais réa!isée, de le faire passer pour le plus grand organisateur des temps modernes. Il s'était fait expliquer, par son conseil ecclésiastique, les difficultés des ordres religieux. On lui avait exposé que les moines avaient pour but d'atteindre le plus haut degré de perfection et qu·ns estimaient ne pouvoir réaliser cet idéal qu'à l'aide de la vie en commun dans renceinte ct·une même cl~lure; il s'était dit : « Je n'ai aucun intérêt à les « contrarier dans la recherche d'un but aussi inolfensif, pourvu que j'aie la • certitude qu'ils n·en poursuiver.l pas d'autre plus dangereux. J'ai, au con• « traire, tout intér~l à les enfermer dans une même enceinte, du moment • que c'est moi qui aurai les clefs de celle enceinte. • « Une tentative d'exécution suit de près la résolu lion. Des décrets de 18i0 ordonn~renl la suppression de toutes les corporations religieuses dans tout l'Empire, mème en llalie. Cette fois, les congréganistes ne sont plus dispersés, mais centralisés sous la surveillance de l'autorité militaire. Les routes des Etals pontificaux et des départements annexés à l'Empire sont couvertes de longues files <le moines escortées par des escouartes de cavalerie. En même temps, les chefs d'ordres religieux sont amenés en France avec les archives de la mairnn mère et les ornements des chapelles. « Sirnultanémenl, :-i'apoléonsaisit le Conseil d'Etat d'un vaste projet. Il veut fonder deux grands couvents: l'un dans l'intérieur de la ~'rance, l'autre au delà des Alpes. Là, tous les dHTérents ordres monastiques, jésuites, capucins, dominicains, bénédictains, barnabites, etc., etc., vivront unis et con fondus. « Désormais, on ne pourra plus reprocher au gouvernement Impérial de contrarier les vocations religieuses. Tous ceux qui veulent s'éloigner du siècle el vivre dans la retraite seront libres de se c!oltrer. Les avenues des deux établiss~ments étant convenablement surveillées par la gendarmerie, rien ne viendra plus troubler leur repos, et les bruits du monde, les agitations de la politique ne seront plus un obstacle à la perfection idéale. " Dans la pensée de );apoléon, le père Varin, dont l'influence devenait de plus en plus menaçante, devait être le supérieur d'un de ces couvents. « Le père Varin résista successivement à cette nouvelle fantaisie du maitre, et le Conseil d'Etat lui-même ne lui vint pas en aide. Le projet échoua misérablement et Napoléon en revint à combattre ces Pères de la Foi qui ameutaient sourdement l'Europe et la France contre lui. 11avait heau écrire à son ministre de la police : • Je vous l'ai dit autrefois, Je vous le « répète pour la dernière fois, prene1, des mesures telles que cette congréga- " lion soit dissoute.» Les gendarmes eux-mêmes ne bougeaient plus; Ils sen-

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