Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

HISTOIRE SOCIALISTE 321 Yoilit en quoi il consistait. Moyennant de fortes redevan~cs, il fut permis à des Mtiments, même ennemis, d'importer en France des cotom, des denrées coloniales, des indigos, des coche1!illes, etc., elc. ~lais afin de masqner sous une apparence d'intérêt national l'illégalité c1·unpareil tr,tfic, oa imposa à !"armateur, auquel la licence était accordée, l'obligation d'cxport~r des marchandises françaises pour une somme égale à celle des marchandises anglaises qu'il impoctail. Ainsi donc, si l'on voulait par exemple faire venir pour r,00000 fr. de cotons des Indes, il fallait commencer par e.,porter de France une rnleur égale de march rndises diverses. )lais ces marchandises étaient prohibées en Angleterre el aucun port ne s'ourrail pour les recevoir: comme il était, en outre, i upos,ible de les rame11er en France, la nécc,sité s'imposait à l'armateur de les jeter à la mer. Pour que !"opération fut 1émnuéralrice, il fallait naturellement alors frauder sur la valeur réelle des produits exportés : pour cela la complicité des agents des douanes chargés de !"expertise était indispensable el la corruption la plus éhontée s'installa dans les mœurs administratives. Et puis se trvma encouragée de la sorte la fabrication d'horribles pacotill 'S destinées seulement à être jetées par dessus bord. On commença d'abord par consacrer à ce singulier négoce le rebut des manufactures et le lamentable trop-plein d,•s arrières-boutiques: tous les vieux bouquins. les ,iPux habits brodé~. les paperasses et les guenilles de toute nature scrl'irent de cargai-ons. Pui,, quand les dernières loques furent expédiées et que les bottes des chiffonniers furent ,·ides, il fallut bien fabriquer des objets s~écialemenl affectés à J"115agt en question. A Lyon, notamment, on fabriqua en grande quantité des talfetas et des satins destinés à !'Océan. Est-il besoin d'insister pour faire comprendre l'immoralité désastreuse d'un serublable gaspillage, et les perturbations commerciales et industrielles qui devaient en résulter pour notre pays? Mais avant d'envisager plus complètement les conséquences'économiques du blocus continental et des mesures douanières, nous voudrions d'abord exposer, le plus biièyement possible, les répercussions politiques, les boulever>ements qui allaient en résulter sur tout le continent européen. ~ai,oléon el l'Angleterre sont aux prises et le monde enlier devra prendre parti dans celte terrible querelle. Nul ne devra rester neutre dans ce formidable conllil qui va mettre à feu et à sang les plus puissants empires comme les Etats les plus ioolfensifs. Jamais le règne de la force brutale ne s'était imposé avec plus d'impudence et de cynisme. C'est l'Angleterre qui, sans attendre que les stipulations arrêtées à la paix de Tilsitt soient en voie d'exécution, commence à mettre la main sur le Danemark dont la neutralilé se trouve soudainement violée. Le 8 juillet, ament été échangées les dernières signatures entre leCzar el NapoMon et il

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