320 HISTOIRE SOCIALISTE coloniales, on ùr0la les produits de, manufactures. Avec une pompe ridicule el o,liruse, en présence des autorités civiles el militaires, on célét,rail, dans la plupart des villes, en Allemagne notamment, des autodafés d'un nQuvea:u g-enrr. Sur un immense IJ0cher, les marchandises saisies étaient empilées et la fou le était conviée à venir assi,ter à ces spectacles sauvages. ~lais ce n'était pas par des cris de joie qu'ils étaient accueillis : l'indignation, au contraire, se fai•ail d'autant plus menaç1nle que la misère était gr.inde et que le, pauHes i;ens clrmeur ,ient i11consolahles de voir jPle- d1ns les flammes tant rl'objcts précieux dont ils étaient pril'és. ~lichelel raconte que des femmes du peuple, avec leurs enfants demi-nus, s'agenouillaient autour des bûchers où ùrûlaient les étoffes anglai,es: • Pour Dieu l donnez-les nous plutôt•; à Danzig, rn 1811, l'.iulodalë dura plusieurs jours et on estime il un million la 1aleur des m,m:handises ain,i sacrifiées. Ayant ainsi organisé contre les produit, anglais la croisa~e dans ses Êlat,, )iapoléon ne s'entètail pas moins à les pro,crire dans son propre entourage, rudoyant fort l•s personnes de ,a cour qui se ri,quaient à porter des tissus d'Outre-Manche. Les dame, n'étaient certes pas à l'abri de ses coups de boutoir. " Ce soir, écrit l'une d'elles, Napoléon était déchainé contre toutes les femmes. Il nous a dit que nous n'avions pas de patriotisme, point d'esprit national; que nous devions rougir de porter des mou,selines; que les dames anglaises nous donnaient l'exemple en ne portant que les marchandi;es de leur pays; que cet engouement pour des mousselines anglaise~ est d ·autant plus extraordinaire que nous avons en France des batistes qui peuyent les remplactir et gui font des robes beaucoup plus jolies; c1ue qu ,nt à lui il aimerait toujours cette étoffe préférablement à toute autre parce que, dans sa jeunesse, sa première amoureuse en avait une robe.» lllais tant d'efforts de violence et de persuasion restaient vains el la contrebande prenait une considérable extension. c·est en vain que vingt mille douaniers s'e,crimaient contre une véritable armée de contreban liers, plus de cent mille hommes, en activité perpétuelle, favorisés par la population. Les ùénéflces de la fraude étaient si considérables qu'ils encourageaient les plus audacieuses tentatives. Songez donc, pour ne parler que des denrées coloniales que la taxe sur le sucre hrut était de 300 lr., de 400 fr. sur le sucre terré; le cacao payait 1000 fr., le poivre 600 f'r., la canndle de 1 '.100 à 2000 fr. 11 ne fallait pas entrer beaucoup de ces denrées pour réali,er une petite fortune. Comment l'adminbtration aurait-elle pu contenir, même par les mesures les plus sévères, tanl d'appôlits éveillés 7 Dès qu'il comprit son impuissance, Napoléon n'hésita pas : il prit le parti le plus simple, sinon le plus moral et résolut de s'emparer de la conlreùande comme d'un monopole impérial en inaugurant le système des licences.
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