Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

:.!08 IIIS'l'OIRE SOCIALISTE pour rin,:ler , Cr$ le :iord, il suffil do la l'ausse annonce de ,•oiles anglaises à l'hori,on pour qu'il abandonnàl dé!inilivemcnl le projet àe paraitre dans la )fanrlH'. li all,1 se réfugier à Cadix. Les Anglai~ ne comptaient pas seulement, pour leur défense, sur leur marin<· très puissante, sur :ielson, le plus grand capitaine des mers. sur les vent, el les côrconstanccs de toutes sortes qui rendaient rorl aléatoire la 1·éus~ite de projets aussi compliqués que l'etaient ceux de :iapoléon, Pitt, remonté au pou\'oir, se dressait devant l'empereur français, el il étail de taille à lutter avec lui. )1. Sorel a marqué. de la maniore la plus nette, quels moyens avait le premier ministre angl.iis pour paralyser son adversaire. Pill, dit-il, pour prévenir l'invasion, « peut toul demander aux Anglais, et. avec ce gu'ils donnent, toul payer en Europe'». C'est bien, 011 effet, ce qui se produisit. Secondé par lord llarrO\\ by, secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, il entame une prodigieuse croisade diplomatique, agissanl parloul à la fois. aussi bien chez des ennemis à peu près <léclarés de la l•rance, comme les Hu,se,;, que chez ses amis el alliés, les llollandais cl le, Espagnols. Le premier appui trouvé par Pilt rut l'empereur Alexandre, qui se fil le porleparoles des offres anglaises à Vienne el à Berlin. Les rapports enlre la Russie el la France étaient devenus p;,irliculièremcnl tendus après le meurtre du duc d'Enghien. Alexandre, en effel, avait affecté nne violente co!ère à la suile de ce meurtre el parlé de rompre toutes relations avec" uu gouvernement qui ne connait ni freins ni devoirs d'aucun genre, cl qui, entaché d'un assassinat alroce, ne peul plus èlre regardé que comme un repaire de brigand,' •· La cour de Pélersbourg avail pris le deuil, el le mot d'ordre fut de se détourner de l'ambassadeur français, Uédouville. A celle attitude, Napoléon avait répondu cmellemenl, en rappelanl les conditions dans lesquelles Alexandre étail monté sur le tronc 3 : « La plainle que la Hussie élève aujourd'hui conduil à demander si, lorsque l'Angleterre méditait l'assassinal de Paul !•', oa e0t eu connaissa_nce que les aulenrs du complot se trouvaient à une lieue des frontière,, on n'eùl pas été empressé de les faire saisir?• Comme, parmi les« auteurs du complot», il y avait Alexandre lui-même, el c1u'il ètail, non à une lieue de la frontière, mais à Pélersllourg, on devine quel pul ôlre l'effet de celle réplique. Alexandre ne reconnut pas l'Empire, el, en oclol,re 180',, l'amL,assadeur russe Oubril quitta la France, sans qu'il y eût, du resle, guerre déclarée. L'empereur Alexandre s'employa dès lors à nouer la coalition, toul en activant ses préparatifs. Celle coalition e~istail, pour ainsi dire, " en puissance ». Il est évidenl que l'Europe enlièrc lremhlail <lecrainle devant le nou1el empire n'Occident, car, pour tout le monde, l'Empire, c'élail aulre chose qu'un mot. Il y avait derrière ce mol un symbole évident, et le souvenir de la puissance romaine hanlail tous les esvrils, à l, O. e., p. :112. 2. Martens, 1',·aitia de la R~1ie, t. Il, p. 40-l.. 3. On se souvient que c'est après l'aHassinat de Paul l•r. Voir supra, pp. 122·123.

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