Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

lllSTOIRE SOClALlS'n~ Les conspirations, le bruit fait autour d'elles, la• réclamr » bonaparlblc qui en rMulta, réclame d'autant plus puissante (Ill(' le pay:; élail plus mal informé el ne tirait toute connais~an~e <les événements que <les récits officiels dictés par lu police, tout cela deH1il ahoutiril l'élan déliuitif allcnùu par le premier consul. Des adreises, des députations lui parvinrent, quelquesunes sincères, beaucoup « inspirées •· El, à leur ~ujet e:icol'~, Bonaparle fil claironner la llenommôe. Cependant tous les ferments monarchiques travaillaient dans les classes dites supérieures. Les ambitieux cl les aplatis murmuraient que le seul moyen d'assure1· ùéflniti l'emenl l'avenir élait de rendre héréditaire le pouvoir de Napoléon Bonapartr. C'est alors que la llé1•ol11lion apparall lointaine! Quelques années onl sufli pour que la servilité, ressort principal du g,rnvcrnement monarchique, reprll ,a place d,111sles sphères gouvernementales. N'est-ce pas Fouché le révolutionnaire, Fouché l'adversaire du Consulal à vie, qui fait pour la proclamation de l'Empire la propagande la plus active'! Fouché veul redevenir l'ho1nme indispensable, le ministre de la police, c'est-à-dire, dans le régime nouveau, le mallre de Loule; les consciences, de toutes les situations. Bonaparte le dit à Lecouleul x de Cautelcu, vice-président du Sénat : « Il faut un cher héréditaire il la nation française, et je sens si profond6menL la nécessité d'amener ce bienfait à la France, que ma raison considère celle mesure comme l'un de mes devoirs ", et, le 27 mars i80', (0germinal an XII), le Sénat prie le premier consul« d'achever son ouvrage en le rendant immortel comme sa gloire "· Et puis, 1>endanl plusieurs semaines, une sorte de flottement, d'hésitation se produit; le Conseil d'f:tat esl irrésolu; autour du consul même, il y a des hoslililés. Sa famille, ses frères surtout, sont inquiets. Celle rare jetée il la tNe de la nalion esl avide, cupide. li n'y a point d'entente, il n'y a que des rivalités cl ùes jalousies. Joseph, Lucien, Louis, Jérôme sont aulanl d'ennemis pour .'iapol6on. Il tente de les désarmer. ~lais, en réalité, • en les ùolanl, titrant, couronnant bientôt, il s'apprêtait il créer contre son pouvoir une coalilion de môcootcnts in,aLiables, intéressés ù sa moi t, et, croyaient-ils, à la chute même de son empire, prêls à renouveler les rivalité:l el les coalitions désasLreus~s des anciens apanagés de la couronne'· » De la nation, des adresses continuaient à arriver, adresses ardemment bonapartistes, c'est vrai, mais où on ne parlait pas ùe l'Empire, sauf de rares e,ceptions. • Quant à celte nation singulière ùil Lanrrey, mélange désespérant d'inronsislance cl de grandeur, de faiblesse el de générosité, tout émue encore de sou indignation de la Yeille, partagée un instant entre lïdoll\Lrie el l'horreur, mais lrop démoralisée el trop sceptique pour avoir une volonté, elle semblait ne pouvoir plus résister à la fascination du crime cl de la gloire; elle s'abandonnait elle-même avec une sorte l. Madelin. ]louchi, l, p. :372-375. 2. Sorel, o. c., 3Hâ. Voyez. Muson,Napnlio,i f't ~a fa;,iillt, t. 11, p. 3\1-385.

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