lllSTOJirn SOCIALISTE fossé, du rhàtcau de Vinccnnrs. Bonaparte, rclir6 à la Malmaiso,,, avait refusé d"pntendre toute voi'< qui aurait pu lui demander de faire gr:lce. Selon le mot de 11. Mas,on ', le premier consul considérait qu'il y availvmdetta entre les Bourhons el lui. Tous les instincts primitifsel sauvages de sa races'élaien t ré1eillé~ chez lui. En Corse, il y a peu de temps, un enfanlquijouail avec de jeunes camarades tomba soudain fra1•péd'une balle: il y avait vendella entre son père et !"assassin. Bonaparte n'avait pas le sentiment de la justice, il ne savait c1ue se venger; mais, disposant d~ la force publique et se mellant en dehors el au-de~sus des lois, il faisait ses vengeances terribles, odieuses. L'effet de celle e,(cution du duc d'Enghien fut considérable tant à Paris qu'à l'étranger', et il y eut un moment de terreur véritable, une terreur de complices soudain dé,oilés, dans tout l'entourage de Bonaparte. Si on cherche. dans les .1/emoires, dans les Souvenirs des personnages marquants de la cour consulaire, on ne trouve que desjusliflcalions ou des excuses sur le rôle joué par leurs auteurs dans la tragé<lie de \'incennes 3 • Seul Bon~1rnrte a toujours re,·endiqué hautement so11acte. Ce qui nous intéresse, c·esl la façon dont il se justifie rnr le moment: « Ces gens là, dit-il, voulaient mettre le désordre rlans la FrancP el tuer la Rél'olulion dans ma personne; j'ai dù la défendre et la venger. J'ai montré ce dont elle e~t capable ... Je s~is l'homme de n:tat, jr suis la Révolution f,·ançaist· et je la soutiendrai. .. ». c·est donc toujours le même procédtl que nous voyons mi; en œuvre: ay,,nt agi pour son compte per,onnel, ayant assouvi sa vendetta, Bonaparte veut donner à son acte l'app:irence d'une mesure p1·is(•dans l'intérêt du pays el minix encore d"n11emesure néee;saire pour sauver la llévolution ! c·e~t bien ainsi encore une foi< que le pays envisagera l"a!Tairede Vincennes. Les républicains, ou plus e,aclement tout le peuple. avaient murmuré quanù ~loreau avait été arrêté, ne voulant pas le croire capable d'avoir pactisé avec les llourbons, mais l"arrestalion et la condamnation d'un membre de celle famille semblaient bien indiquer que Ilonaparte avait couru un réel danger. En outre, la façon même dont il sévissait contre le petit-fils du prince de Condé paraissait montrer qu'il restait bien avec les partisans de la Hévolution et qu'il ne pactisait pas avec les émigrés, a l'Cc les royalistes. D'ailleurs, un nouvel événement tragique vint bientôt occuper l'opinion: le 16 avril, Picbegru fut trouvé étranglé dans sa prison. Le Jlonileur donna sur celle mort des détails circonstanciés: « Le 15 avril, vers onze heures du soir, Pichegru, ayant pris un fort bon repas, se coucha 1ers minuit. Le garçon ùe chambre qui le servait s'étant retiré, Pichegru lire de des,ous son chrvet, oit il l'avait placée, une cravate de soie noire 1. Napoléon, tt sa famille, fi, 332. 2. Yoir "'el~chinger, o. c., ch. XX[ et Sorel o. c., inûiuI,e : • \ïncenne■ ei l'Europe•· :3. Voir ~forel, o. c., p. 3:>2.
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