Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

HISTOIRE SOCIALISTE 56ï du Conseil, pour échapper au • coup d'Etat " qu·avec raison ils accusaient Sieyès de préparer, el dont Briot avait parlé à la tribune dès le 17 fructidor (3 septembre), étaient tout disposés à favoriser un coup d'EtnL de Donaparle au profil de leurs idées. C'est ce qu'a avoué le gé11érai Jourdan, dans l'extrait de se~ .lfémofres sur le 18 brumaire déjà cité (Le carnet lti.,10,-iqueel liué- •·aù-e, l. Vil, p. i64-l6:'>). La .Votice sur le 18 brumaire par w1 témoin, parue en 1814, el qu,-on s'accorde à allribuer à un ancien membre des Cinq-Cents, Combes-Dounous, parle d'un « complot de facobins • (p. 17-18) devant éclater dans la nuit du 1Gau 17 brumaire (7 au 8 novembre). On en donne comme preuve un mol de Briot qui, se trouvant à diner, le 16 brumaire (7 novembre), avec son collùgue Jacqueminot, lui dit, à propos d'un débat entamé devant le Conseil, que la discussion serait close le lendemain « à moins que nous n·ayons du nouveau celle nuil •· On assure que sur ce mot, immédiatement rapporté par Jacqueminot à Sieyès, celui-ci prévint Bonaparte cl que des précaulions •furent prises. En tout cas, les prétendus conjurés ne pouvaient avoir deiiné cet incident el l'auteur reconnait cependanl quïl n'y eut absolumenl rien, que• la nuit fut lranquJlle ». Qu'il y ail eu des conciliabules de Jacobins, que le mol de Briot ait été dit, c'est fort possible; mais tout cela ne devait évidemment se rapporter qu'aux velléités d'11ctio11concertée a vcc Bonaparte; on verra plus loin que c'est à l'heure même où Briot s'exprimait ainsi, le i6 brumaire (7 novembre). que Bonaparte déclarait à Jourdan ne pouvoir agir avec lui et ses amis, c'est-à-dire avec les Jacobins, parce qu'ils n'avaient pas la majorité. Briot qui ig11orait encore cette conversation (louvait tout naturellement croire au contraire que t.out allait bien à son point de vue et était prêt, parce que, nous le conslaterons plus loin par une citation d'Arnault, l'affaire avait été lhée d'abord au 16 (7 novembre). De plu~, ni Arnault, ni aucun des amis de ilonaparte n'a signalé celte alerte, ce qu'ils n'auraient pas manqué de faire si llonaparte a1•ait pris au ~érieux l'al'ertissement de Jacq ueminot à Sieyès, puisqu'il y aurail eu là pour eux un argument en faveur de la réalité de la conspiration jacobine imaginée par eux. En fait, il n'y eut, et il est triste que pareille chose ail pu se produire, que des pourparlers de certains Jacobins avec Bonaparte pour une action commune. Si, le 18 brumaire (9 novembre), on devait arguer d'un complot imaginaire des Jacobins, c'est qu'on n'avait rien de vrai à leur reprocher efficacement, c'est que même les fautes commises par eux, et que j'ai signalées, 11'avaienl pas sur l'opinion publique l'influence qui leur a été attribuée depuis. La preuve, une preu vc formelle, est fournie par un rapport du ministre de la police, Fouché, remis par lui au Directoire le 12 vendémiaire an vm {4 oot.obre i799). Dans ce rapport, Fouché signale les manœuvres des agents de la réaction pour agir sur le pays : • l'inactivité du commerce, la pémrrie du numéraire, le poids de l'impôt et l'appel des conscrits, voilà leurs grands

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