5()8 JIIS'l'OIRE SOCIALISTE moyens de séduction• (l',!tat de la France en l'an V/11 ete11l'an JX, d'Aulard, p. 2). Si tels étaient les procédés de propagande pour détacher de la République la masse de la population, c'est qu'évidemment seuls ces sujets répondaient à ses inquiétudes du moment. Depuis le 9 thermidor an Il {27 juillet ii94), la réaction avait su assez jouer du péril jacobin, pour ne point le négliger à cette heure s'il avait pu la servir. Le rapport de Fouché est, du reste, confirmé sur ce point par la citation de M. de Barante faite dans le chavilM précédent à propos de l'anniversaire du 10 ao(ll, et qui constate l'inanité, à cette époque, du parti Jacobin dans les préoccupations publiques. « Je rallierai tous les partis », disait Bonaparte avant de quiller l'Egypte (général Bertrand, Campagnes d'Égypte et de Sy,·ie, t. II, p. 172). • Je recevais les chefs des Jacobins, les agents des Bourbons; je ne refusais de conseils à personne, mais je 11'endonnais que dans l'intérêt de mes plans ... Chacun s'enferrait dans mes lac~, el, quand je devins le chef de l'Etat, il n'existait point en France un parti qui ne plaçât quelque espoir sur mon succès•• disait-il plus tard à Mm•de Rémusat, qui l'a rapporté dans ses Mémoires (t. 1, p. 275). • Tous les partis, écrit à son tour Mm• Reinhard dans ses Lettres (p. 106), cherchèrent à circonvenir le nouvel arrivant ... De tous côtés, on intervint afin d'amener un rapprochemen l entre lui et Sieyès, dans la crainte de le voir lier partie avec Barras ou prêter l'oreille aux propo~itions des Jacobins. Mais Bonaparte ne fut pas long à s'apercevoir qu'une entente avec un homme universellement méprisé, comme l'était Barras, ne serait pas approuvée par l'opinion publique et lui serait nuisible à IÙi-méme. Talleyrand sut adroitement profiter de ses hés'itations, il devint le pivot de toutes les intrigues et l'inlermédiafre entre les hommes influenls de tous les partis et le général; il démontra à celui-ci que le nom de Sieyès seul était synonyme de vertu el d'honneur, el qu'en l'ayant pour allié, on rallierait à sa cause tous les honnêtes gens •· Bonaparte avait, to\lt d'abord, manifesté du dédain à l'égard de Sieyès; lorsqu'il s'aperçut qu'au lieu de le comballre, il était nécessaire de s'entendre avec lui, il n'hésita pas, consentit à faire les avances et lui promit• l'exécution de sa verbeuse constitution• (Mm•de Rémusat, Mémoires, t. l", p. 275). D'autre part, Sieyès, tout désolé qu'il fO.tde la perspective d'avoir à partager avec un autre ce qu'il s'était attribué à lui seul, vit bien que son accord avec Bonaparte était son unique chance de n'~tre pas supplanté. D'ailleurs,.nous apprend M'" Reinha rd (Lettres, p. 114), il« s'obstinait à voir dans Bonaparte un auxiliaire que le parti modéré saurait contenir à'volonté •· Et cela a toujours été la chimérique ;>rétention du parti modéré : il s·est toujours flatté, malgré les constants démentis infligés par la réalité, de maitriser à son gré les mouvements de réaction niaisement ou criminellement sortis de ses complaisances pour les hommes des partis monarchiques et cléricaux. Dès le 8 brumaire (30 octobre), l'entente était établie entre les deu11rivaux. Par là, Bona-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==