Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

308 IIISTOllrn SOCIALISTE tainemrnl que c'est la première fois que je dispose des fonds publics avec upe pleine satistaction pour moi-_m6me » (LelJon, L'Angleterre el l'émigration, p. 224). Dergcr, an nom du club de Clichy, s'entendit avec dei; Pomelles, l'agent de Louis X\"111.L'union se fit entre les diverses factions réactionnaires, toutes appelées à bénéficier i,atriotiquement de l'or anglais répandu à profusion (ldèm, p. 23t). Avec l'or anglais, les voixd'un très grand nombre d'émigrés allaient peser rnr les élections. Dans ses Mémoires, Thibeaudeau avoue • que de véritables émigrés s"étaient introduits en France; que la complaisance, la commisération, la cupidité el l'esprit de parti concouraient à fournir à un soldat de l'armée de Condé les pièces nécessaires pour le faire rayer comme cultiva• leur » (l. II, p. 78); par ces derniers mols, •rhibaudeau faisait allusion à la loi du n nivôse an Ill mentionnée précédemment (chap. v1).Dans son lfisloire générale des émig>'é$, Forneron écrit {l. Il, p. 235) : • Un commerce savant s'organise en quelques jours pour vendre de faux certificats de ré_sitlence, alles tés par de faux témoins; pour quelques louis, l'émigré obtient un dossier qui lui permet de prouver qu'il n'a jamais quitté son pays ni cessé d'exercer ses droits de citoyen français. Les· résidents étrangers organisent également un commerce de pas,eporl•s ». Dans le rapport de police du 20 vendémiaire an V {li octobre 1796), on raconte avoir entendu deux citoyens s'entretenant d' « un de leurs amis émigré, qu'ils avaient rencontré, non sans surprise, el lequel leur fil la confidencè qu'avec cent louis Ù avait eu tous le! papiers nécessaires pour paraitre en règle. Depuis quelque temps on dil assez hautement que l'on trafique dans les bureaux de ces rentrées, e) que le gouvernement, qui en lire un grand produit, ferme les yeux sur ces prévarications» (recueil d'Aulard, l. Ill, p. 510); dans le rapport du 30 venlOse an V (20 mars 1797), on lit : « li s'est dit dans un café que les émigrés rentraient tous les jours moyennant cinquante louis. On cite quelquefois un particulier qui, actuellement en France, était autrefois en Angleterre • (Idem, l. lV, p. 14). La décis ion en dernier ressort appartenait bien au Directoire, mais on sait que Barras se faisait payer pour op6rer la radiation, qui profilait, d'ailleurs, aux adversaires du gouvernement: électeurs ou non, émigrés el préll·es étaient pour eux des agents électoraux très actifs. Le Directoire essaya à son tour d'influer sur les élections. Il chercha surtout à s'appuyer sur les acquéreurs des biens nationaux, inaugura les candidatures officielles el se fil accorder des fonds secrets pour les soutenir. Au lieu de recourir à ,des procédés toujours odieux, el parfois ridicules, les gouvernants, que le danger monarchique seul faisait de nouveau pencher à gauche, auraient plus efficacement agi en faveur de la République, en ne se livrant pas au jeu de bascule qui consistait à écraser ses partisans à l'aide de ses adversaires plus ou moins masqués, jusqu'au jour oil, contre ceux-ci devenus trop forts, on se retournait, pour se défendre, du côté des autres r6-

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