Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

330 111s·ro11rn SOCIALISTE pr6texte d'indisposition, du juge qui présidait aux opérations du jury, en vue probablement - il n'est pas téméraire de le présumer en présence de cet incident inouï - d'une action à exercer au moins sur un juré. Hien rie plus vraisemblable, si on songe à la façon de recueillir alors les voles drs jorés; la loi du 20 thermidor an IV(7 aoüt i700), sur l'organisation de la Haute Cour. renvoyait (art. 27), pour les points non réglés par elle, au Code des délits el des peines du 3 brumaire an IV ( 25 octobre i7ü5}; il en résullait que lc:;jur6s a1aient à se prononcer individuellement• en l'absence le, uns d,s autr~s • (art. 386) el chacun « à haute voix• (art. 309), devant l'un des juge,, un accusateur national el le chef du jury à qui il était ainsi bien facile, s'ils étaient d"accord, et c'était ici le cas, de peser sur la détermination de tel ou tel juré. Dans le jugement, on trouve l'incident mentionné en ces lormes : •Jlar devant nous, Charles Pajon, l'un des juges de la llat;tc Cour, suhrogé à cause de l'indisposition du citoyen Cotfinhal qui a commencé le présent, procès-verbal, il a été procédé à sa continuation en présence du ciloyen \'icllart, l'un des accusateurs nationaux ». Celte fois, sur la cinquième série des questions, ù la déclaration de culpabilité de huil des accusés, Babeuf, Buonarroti, Germain, Darlhé, ~loroy, Cazin, Bouin , Mennessier, s'ajouta le refus des circon;;lances atténuantes à Babeuf et à Darlhé; c'était la mort r,our ceux-ci. Le, accusés, a dit Buonarroti (t. Il, p. 13-~4), avaient, lors de lii, formalion du jury, usé de leur droit de récusation • à l'aide des renseignements in_con_1pletest souvent inexacts recueillis dans les départeme nls »; parmi les jurés•« qui mérilaient une confiance entière, les uns furent excl~s par le tribunal· comme parents d'émigrés; d'a ulres, sacrifiant à la peur, feignirent d'être malades el furent excusés; trois a~sistèrent aux débats» et se prononcèrent constamment en faveur des accusés; un d'entre eux a été nommé par Buonarroti (t. li, P-59) • parce que, dit-il, nous savons qu'il a cessé de ,•ivre», o·e~t Gaultier-Biauzat, du Puy-de-Dôme. Cependant, i\l. Francisque Môge, dans une volumineuse biographie de cc dernier publiée en 1890, suppose, après avoir vanté la çonscicnce de lliauzat, que« son vole ne dut pas être favorable aux principaux meneurs » (t. I", p. 202). La conscience de Biauzat était sup.érieure 'à c~lle de son biograph_e qui, au lieu de, se livrer à des suppositions grutujles, aurait pu el dü connallre et publier une lettre de Biauzat que j'ai trouvée aux Archives nationales (DB' 2i). Le H germinal an V (3 avril i797), u11mouchard signant• Campis» dénonçait à )1erlin quatre jurés comme su-- peçts de sympathie pour les accusés : • Le sort vous a don né quatre jurés qui se trouvent parfaitement du môme sentiment que les conspirateurs •· Le )Jlinistr_e,qui avait été le collègue de BiaU2at à la Constituante, crut habile, de i;omrnuniquer, le ill (7 avril), _la dénO!Jciation à celui-çi désigné le premier, et la réponse de Biauzat, du 21 (10 avril), ne contesta que cert.ains 4étails dJl la dénon~iation sans soufller mot sur le fond ; du reste, Blauzat

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