Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

268 IIISTOIR1' SOCIALISTI,; ritoire » (Moniteur, du 23 thermidor-10 aoOt 1708). Sauf dans le Nord et une partie de la Normandie, la prairie artificielle est une exception, et la culture des légumineuses est plus rare que celle de, prairies artificielles {de Pradt, ibidem, t. l", p. 146). Dans une intéressante réponse {Archives nationales ~' 11 , 1173) à uue circulaire du 5 vendémiaire an V {2ûseptembre 1796)adressée par le ministre de lî ut~rieur aux administrateurs du département de l'Eure, un citoyen Chanoine s·occupail de la situation agricole. Il signalait l'insuffisance, comme moyen de féconder la terre, de la pratique des très nombreux labours préparatoires et des jachères, toujours en vigueur dans l'Eure et dans les départements environnants; il préconisait l'emploi des marnes et des engrais, surLout l'enfouissement d"herbages verts pratiqué dans le pays de Caux, la culture alternée des grains, des « plantes qui fournissent des prés artificiels, et des légumes surtout les espèces à graine ronde», el l'augmentation du bétail. A ses yeux, le mal résidait principalement clans l'esprit d'économie mal entendue des propriétaires se refusant à dépenser pour dessécher les terres trop humides, pour arroser celles qui ne le sont pas el qui pourraient !"être, pour corriger les vices des terres trop légères ou trop fortes par des mélanges convenables, ùans la brièveté des baux de neuf ans, dans le droit de parcours sur les terres dépouillées de leurs récoltes ou en jachère, dans le morcellemeut trop grand des propriétés. Il se hâtait d'ajouter, d'ailleurs, qu'il n"élait pas également facile de remédier à ces maux el que, par exemple pour le droit de parcours, « des usages qui touchent de si près la partie la moins aisée ùes habitants de la campagne, ne pourraient se déhuire sans une commotion dangereuse; il y aurait même de l'imprudence à retrancher ces abus». Ce qu'il fallait, d'après lui, c'élai( rallier l'opinion aux idées justes, c'étaient • des règlements plus instructifs que prohibitifs ». Au lieu d'opérer l'exten~ion, par lui poursuivie, de sa culture en supprimant les jachères, le paysan la réafüait en défrichant des parties boisées ou en transformant des prairies naturelles en terres de labour; et ce mouvement fut, tout au moins au début de notre période, favorisé par de nombreuses administrations municipales qui, en cela, obéissaient au préjugé courant. A la consommation abusive du bois, à son gaspillage, qui résulla de la liberté donnée au propriétaire par la loi du 15 septembre 1791 (arl. 6) de disposer de ses bois à son gré, ~•ajouta le déboisement qui sacrifiait de la manière la plus imprévoyante l'avenir à la convoitise d'un gain immédiat. L'administration, du reste, donnait !"exemple au point que, quoiqu'il y eOl un arrêté du Directoire {8 thermidor an IV-26 juillet 1796) interdisant les coupes extraordinaires sans autorisation spéciale, Rougier-Labergerie (Annales de l'agriculture, t. l", p. 54) regrettait de voir les forêts nationales dans les attributions du ministre des Finances • que les besoins d'argent assiègent sans cesse •·

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