Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

206 HISTOIRE SOCIALISTE § 9. - Agriculture. Le morcellement du sol qui avail commencé sous l'ancien régime, continué sous la Révolution etqu·augmentèrent plus lard les opérations des spéculateurs englobés sous 1~nom de « bande noire », n'a jamais correspondu à la réparti lion de la propriété; à n'importe queJle époque, on a vu comme maintenant plusieurs parcelles appartenir au mème propriétaire el le nombre des propriétaires être moindre que le nombre des parts de propriété. Si la Révolution a cependant élevé le nombre des paysans propriétaires - il y eul fréquemment, dans le, achats des biens nationaux, rivalité entre acquéreur, bourgeois el paysans; les premiers onl dO être moins nomùrcux que les seconds, mais leurs lots, principalement près des villes, ont élé beaucoup plus considérables que ceux des autres -elle les a surtout afîranchis des charges qui, avant elle, pesaient sur leurs propriétés. Celle division el celle libération du sol contribuèrent à accroitre encore le nombre de cem qui se lil'l'aient à ragricullure el Je prestige de la propriété foncière. Celle-ci prit une importance telle que l'intérèt de ses détenteurs eut une action prépondérante sur le régime politique cl social. C'est eux que le gouvernement s'efîorça avant loul de rassurer el de protéger; nous avons dit dans le chapitre précédent que l'article 374 ne la Conslilution de l'an llI leur avait garanti lïrrévocabililé des ventes des biens nationaux. Ils se prononcèrent de leur côté pour les gouvernants qu'ils jugeaient capahles de les défendre le mieux contre les velléités de retour à l'ancien ordre des chose,; la conservation de l'ordre économique établi par la Révolution, quels que pussent (·Ire les sacrifices à subir par ailleurs, resta leur inébranlable règle de conduite : parlant des acquéreurs des biens nationaux ,lans un rapport de l'an IX (1801) sur la Seine et les départements environnants, le général Lacuée disait : « leurs plus grands ennemis sont les prêtres • (Rocquain, Etat de Ïa F,·ance au f 8 brumaire, p. 255), constatant par là implicitement el la poliLigue faite par les prêtres el la répudiation de celle politique par le paysan. La possibilité de garder désormais pour eux tout le produit de leur propriété, poussa les paysans à vouloir grossir ce produit, à étendre leurs cultures habituelles el, en particulier, la plus importa11le, celle des céréales (Décade philosophique du 20 frimaire ~n lV-ii décembre 1î93, t. VII); « jamais on n'avait cultivé el ensemeucé une si grande étendue de terre», djsail, à la fin de l'an Il, Robert Lindet dans un rapport cité plus haut (début du parai;raphe 7). Mais les paysans agirent sans la moindre méthode. Les bras manquant pour Lous leurs travaux, ils avaient appelé les ouvriers des villes, au point que le comité de salut publie crut devoir intervenir à l'~gard des ouvriers employés aux ateliers de l'artillerie et des armes : instruit que plusieurs d'entre eux, « cédant à l'appât du gain qui leur est ollerl par les habit.anls des campagnes, abandonnent leurs travaux pour se livrer à l'agricullure •• le

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