IIISTOJnl> SOCIALISTE 24t à travailler comme des espèces de manœuv,es; aussi les grandes entreprises où tous les genres de travaux étaient réunis sous un seul chef, ne pouvaient guère, les hommes de talent refusant leur concours, rassembler que des ouvriers très ordinaires et menaçaient ruine dès l'origine. Afin de ne pas perdre les avantages de la concentralion envisagés surtout sous le rapp•Jrt de la quanlilé produite, ce journal recommandait d'avoir plusieurs ateliers correspondant aux divers genres de travaux, indépendanls les uns des autre,, mais complanl chacun le plus d'ouvriers possible. On voit que l'ouvrier n'étaiL pas encore courbé sous le joug capilali;tc, ainsi qu'il le sera dans la période, non encore commencée, de la grande industrie. Ce fait est confirmé par des démarches de capitalistes auxquelles je faisais allusion à la fin du§ 7. Les entrepreneurs Mollien, Périer et Syke;, des filatures mécaniques de coton de Saint-Lubin, Saint-Remy el NonancourL, dans les départements d'Eure-et-Loir el de l'Eure, a !ressent au Directoire, le 16 messidor an IV (4 juillet 1i96), une pétition que reproduit le Journal des arts et manufactures (l. III, p. 411). Ils se plaignent que les ouvriers se permellenl de discuter les conditions de travail et de salaire, d'agir en personnes libres de travailler ou non; • la désertion appauvrit leurs ateliers •· Ils gémissent sur« les principes de découragement" qui « sont le résullat de l'insubordination et du vagabondage des ouvriers, et de l'absence des règlements (très conciliables avec un régime libre) qui devraient les attacher à leurs travaux ». Ils demandent • qu'il soit fait un règlement contre l'insubordination et l'avidité.des ouvriers, une espèce de code industriel <Jui concilie, avec les droits qui leur appartiennent comme citoyens français, leurs devoirs envers l'.€tal à qui ils doivent du travail, el envers les manufactures à qui ils doive11tl'a1•ance de l'instruction, des matières et du salaire, qui les font vivre par ce travail ». Cela, pour ces messieurs, fait évidemment partie d~s devoirs de l'homme et des droits du capitaliste, et c'P,st tout juste s'ils n'exigent pas de remerciements. Ils demandent aussi, d'ailleurs, « que la prohibition la plus sévère écarte de nos frontières et de nos ports toute marchandise de fabrique étrangère, sous quelque pal'illon qu'elle se présente ». De notre temps, ces gens-là auraient souscrit au journal de 111~. féline. D'autre part, on lit dans le compte rendu de la séance des Cinq-Cents du 25 prairial an V (13 juin 1797) : « Des menuisiers établis à Paris réclament contre la conduite de leurs ouvriers qui, disent-ils, exigent des sommes trop fortes. Ils demandent l'établissement d'une taxe ». L1 fixation par l'lltaL d'un maximum des salaires, tel était le désir de ces patrons. Si le Conseil passa il l'ordre du jour, nous verrons tout à l'heure le Directoire intervenir par arrêtés contre les ouvriers papetiers et chapeliers. Qu'on rapproche ces demandes patronales des paroles de Le Coulleux citées à la On du § 7 el on se convaincra que les capitalistes dïl y a cent ans pensaient comme ceux d'aujourd'hui : la réglementation est une chose
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