Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

HISTOIRE SOCIALISTE 113 peau blanc et du drapeau anglais patriotiquement arborés par les nobles émigrés : ,, Jamais, a écrit.un de ceux qui étaient là, Moreau de Jonnès (Aventures de guerre au temps de la République el du Consulat, t. I", p. 222), l'apparition des couleurs nationales ne causa plus de surprise et de joie •· Mais, si la joie était d'un côté, l'alTolement était de l'autre, d'autant plus que, changeant de direction les mortiers à grande portée préparés contre eux, les envahisseurs du forl les firent partir sur les canonnières anglaises qui mitraillaient les républicains et qui, au milieu d'un rire immense éclatant sur le rivage, s'empressèrent de couper leurs c,ibles pour esquiver ces bombes imprévues. Les émigrés furent bienl0I chassés de toutes leurs positions: protégés dans leur fuite par le feu d'une corvelle anglaise, beaucoup -el Puisaye un des premiers - purent s'échapper à la nage ou dans des canots, au milieu de scènes de sauvagerie entre ceux qui étaient déjà dedans el ceux qui voulaient y entrer (Chassin, Les Pacifications de l'Ouest, t. I", p. 50,,î); les autres furent acculés sur un petit plalea!.I à l'extrémité de la presqu'ile. Hoche leur ayant envoyé dire par Mesnage que, s'ils ne faisaient pas cesser le feu des Anglais, ils seraient tous exterminés ou jetés à la mer, Sombreuil fil arrêter la canonnade et se rendit (3 thermidor-21 juillet). Ce dernier prétendit ensuite et les royalistes qui ont l'amour du faux de1·aienl répéter qu'il y avait eu capitulation. La capitulation ain ·i imaginée après coup ne pouvait pas avoir lieu, parce que l'article 7 (section 1", litre Y) de la loi du 25 hrumaire an II[ (15 novembre 1794.)portail:" Tous les Français émigrés qui seront pris faisant parlie de rassemblements arméL., sont réputés avoir servi contre la France. Ils seront, en conséquence, jugés dans les vingt-quatre heures par une commission militaire ». En fait, cette capitulation impossible en droit n'a pas eu lieu. Le jour même, en effet, Hoche écrivait au chef de l'étal-major général à Rennes el au commandant de Lorient que l'armée royale n'avait eu « d'autre alternative que de se jeter à la mer ou d'être passée au 111de la baïonnette» (Cha,sin, Ibid., p. 508), et cela fut aussitôt affiché. Dès ql!e les bruits mensongers de capitulation commencèrent à courir, Hoche faisait imprimer et afficher ( 16 thermidor-3 aoilt) : ,, J'étais à la tête de 700 grenadiers qui prirent M. de Sombreuil et sa division; aucun soldat n'a crié que les émigrés seraient traités comme prisonniers de guerre, ce que j'aurais démenti sur-le-champ• (Idem, p. 511). On avait cherché à exploiter le cri de soldais disant à leurs anciens camarades qui, prisonniers en Angleterre, avaient été par Pitt enrégimentés de force dans les troupes royales : « A nous les patriotes! Rendez-vous, 011 ne vous fera 1'ien •· C'est à cela que Hoche répond ail; el, alors même que ces paro!es eussent été mal comprises, Sombreuil n'ignorait pas que ce n'est pas un cri de soldai qui peut faire une capitulalion. Nous avons, d'ailleurs, le témoignage de deux chefs des émigrés. Le comte Gaspard de Contades parlant de ses • camarades » qui se rendirent, a écrit ( Co- /Jlenz et Quiberon, souvenirs, p. 214): • Ils ont attesté une capitulation qui

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