Jean Jaurès - La Convention

HlSTOIIlE SOCIALISTE 1~î7 les rnciétés populaires. De presque partout des réponses lui parvinrent, et llarère annonçant à la Convention le résultai de cet immense tra1•1il ,lalistique. avait raison de dire que jamais un peuple n·avail fait un pareil c(Torl pour mettre en pleine lumière toutes les conditions el toutes les circonstances de sa vie. Ce travail énorme était à peu près achevé pour Loule la France à la date du i" Germinal, et le Comité de Salut public, secondé par la Commis~ion des rnbsislances, veilla énergiquement à ce que parloul il fùl appliqué. Ainsi, le jour où il sera pos,ihle, par la publication des immenses documents d'archives relatifs au maximum qui ont à peine été explorés encore, de cr~user l'histoire économique de la Révolution, il faudra distinguer la période qui précè le le i'' Germinal, an Il, el la pt'riode qui suit. li ne faudrait pas croire que, même avant lei" Germinal, mème avant la publication des talilcaux ùre5Sés selon les bases précises arrêtées en Brumaire, la loi du ma,imum de septembre 1793 soit restée lettre morte. L'impatience du peuple de taxer ks denrées de prrmière néces,ilé était trop grande pour que les fabricants el marchllnc!s aient pu éluder entièrement la loi, si vague et insuffismte qu·ene ait été d'abord. ~lais il me paratl (autant qu'il est permis d'en juger dès aujourd'hui) que la loi fut a1,pliquée ou négligée dans la première période scion l'étal d'esprit des municipalités. El la façon méme dont elle fut comprise varie ~elon que les municipalités sont plus ou moins populaires. Ainsi, à Paris, la Commune se hâla d"appliquer aux gros marchand5 la loi dn maximum. Envers les petits détaillants, env~rs les revendeurs qui narguèrent la loi, la Commune semble avoir usé de beaucoup de tolérance. El surtout, tandis qu'elle se hâtait de taxer les denrées dHenucs par le gros commerce, elle ne s·empressail pas d'appliquer la taxe des salaires. Aussi, les ouvrier,, assez rares à cause de l'immense appel d"hommes fait par les armées et en tout cas très occupés à cau,e des livraisons incessantes que réclamait l'adminislralion de la Guerre, iJénéficiaienl, comme acheteurs, de la taxe des denrées, el au conlrair~, comme vendeurs de travail, utilisaient la loi de l'offre et de la demande qui à ce moment-là leur était favorable. Je note par exemple, dans un rapi.ort de obscrrnteur Perrière, qui est de la tin de ventôse, ceci : • Les garçom maçons el charpentiers ne veulent plus travailler q11e moye11nant 6 lfrres par jour; de décade en décade ils a11g111e111ednet 1 Osous. Jt en est de même des manœ11vres dans ces deux état,; ils sont parvenus à se fai,·e payer leur journée 3 livres, 10 sous. Si l'on fait di/fi· culté d'acquiescer à leurs demandes immodérées, ils menacent de ne plus travailler ... C'est ainsi qu'en m·en ,·evenant hirr au soir, vers les 9 he11res, j'e11le11disdes ouvriers rassemblés, au nombre de sept ou huit, au coin d"une rue, jurer entre eux de ne point ,·etourner à l'ouvrage, celle résolution de

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