Jean Jaurès - La Convention

IIJS1'01 l\E SOCJ.\LJSTE J;7l mais par le, ùivi;;ions de pensée et les c0t1flits de conscience qui renùaienl inévitable lïntervention chirurgicale du bourreau. Ce n'est poinl par la clécapitalion de Lou, ces grands hommes, ,··e:;l par leur <1nlagoni,;meque la Uévolntion fut livrée à la dictature. Suppo-ons que \'ergniaud, Danton, Hébert, Robespierre sun irnnl. Si leur querelle ,est prolongée, Bonaparte surgira: :u se sen ira d'abord des u11scontre le:; autres, et puis il les reconciliera par la fusillade, l'emprisonnement el la déportation. En se guillolinaul les uns les autres, les chefs de la Hé,olulion 011lsimplement épargué au futur cliclaleur militaire l'odieux des sanglante, c,éculions. L'effet de ces ampulalions successives fut moins de supprimer de grnndcs forces indiviùuelles que ùe tuer peu à peu la confiance du peuple en la Révolu lion el en lui-même. Comment amait-il pu susciter en lui des chers nouYeaux quand Samson, en lui montrant du haut de l"échafaud la tête blêllle de tous les révolutionnaires, l'arnrlisrnil qu'il avail toujours été dupé? Ainsi chacune de ces existences arrachées emportait à ses racines un pl'u de la RéYolution. Mais ce travail interne et profond de dissociation et de doute qui ,'accomplissait n'empêche pas tout d"abord la Révolution de continuer sa marche conquérante el ses grandes œuvres réformatrices. En cette période de la Terrrur, l'armée ne s'émeut pas des catastrophes intérieures. On dirait qu'elle n'en ressent pas le contre-coup. Commençait-elle à former un monde à pari, ayant ses passions el ses ambitions propres et qui se dé,;inléressait des agilalions politiques? Ce serait, je crois, ôe m(1preudre el anticiper sur les événements. Le mot cité par Tbibcaudeau: « L"armée aujourd"hui est un continent», n'est pas n-ai en 179 L L'armée restait rattachée à la Révolution : elle communiquait avec la vasle ardeur révolutionnaire de la nation. Ge gui est ,•rai, c"esl d'abord qu'enfiévrée el exaltée par sa Julie sublime, elle était moins allenlive aux querelles des factions qu'anx manœuvre, de l'Europe coafüée; c'est aussi que, depuis la ron,titulion du second Comité de Salut public, depuis juillet 1703, c'e,l toujours le même gou,·ernemenl ré\Olulionnaire qui la commandait de haut. Et le prestige de ce Comité grandissait en un sens par l'énergie farouche des exécutions qu'il ordonnait. L'armée avait la conscience qu'il assurait ainsi l'unité d'action el de volonté sans laquelle ellemême n'aurait ni approvisionnements, ni canons, ni poudre, ni élan, ni Yicloires. L'armée savait que le Comité de Salut public avait frappé des généraux même victorieux comme Custine et Houchard quand ils 11erépondaient pas à tout son dessein, el elle ne se scandalisait pas que la même discipline terrible pesl\l sur les chefs de la Rél'olution. Vergniaud, Custine, Houchard, Hébert, Danton : c'était le môme niveau terrible sur Ioules les '61.es, et la figure immuable et sombre du Comité de Salut public dominait a-tes les mêlées, les Jiatailles politiques comme les batailles militaires.

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