HISTOltlE SOCIALISTE 1700 Robespierre, réaliser sa pensée secrète? Il serail tombé au goulTre de contrerévolution. En loul ca•, il n'a pas fait de ce suprême plaidoyer son leslament. révolutionnaire. S'il avail un plan, s'il avait un dessein pour modérer la llévolulion ,ans la perdre, pour organiser la démocratie sans la livrer, il a perdu une occasion incomparable de les promulguer el de prendre possession de l'avenir. Étonné el effrayé de la résistance des dantonistes, le Comilé de Salut public fil décréter à la Convenlion que les accusés qui lroubleraienl !"ordre seraient mis hors des débats. Ils furent emmenés el c·esl en leur absence que le lribunal révolulionnaire prononça la sentence de morl. Ah! quel adieu poignant Camille Desmoulins laissait à sa femme, à sa famille adorée; quiconque peut lire celle immortellr page sans être bouleversé jusqu'aux racines du cœur n·a plus gardé une fibre humaine. El Danton aussi, à la minute suprême, eut comme une défaillance du cœur en songeant à sa femme cl à ses enfants. "Allons, Danton, dil-il, pas de faible,se ! • El il jeta à ce peuple qui laissait faire un regdrd de fierté el de d6dain. Ces hommes aimaient la vie, ils raimaienl pour elle-même, par~e qu"elle était la vie, parce qu"elle élail l'amour, parce qu'elle élail la liberté. « Allons nous endormir. disait Danton, dans le sein de la gloire. • C'est la gloire qui de son rayonnemenl leur cacha l'horreur de la morl. Ce qui esl effrayant el triste, ce n'est pas que tous ces révolulionnaires, combattants de la même cause, se soienl turs les uns les aulres. Quand ils entrèrent dans ce combat, ils acceptèrent d'avance l"hypo thèse de la mort. Elle était enlre em rarbilre désignée; el les partis qui se disputaienl la direction de la llé\'Olulion n"avaient pas le temps de ménager d'autres solutions. Dans ces heures si pleines, si prodigieusement concentrées, où les minutes valent des siècles, la ruorl seule répond à l'impalience des esprits et à la hâte des choses. On ne sait à quel aulre procédé les raclions rivales auraient pu recourir pour régler leurs litiges. On imagine mal girondins, hébertistes, dantonistes, accumulés dans la prison du Luxembourg. lis auraienl formé avant peu un Parlement captif, un Parlement d'opposition où Vergniaud, Danton, Hébert, auraient dénoncé d'une même voix la tyrannie robespierriste. El nul n'aurait pu dire avec certitude où siégeait la Convention, aux Tuileries ou au Luxembourg. Autour de celle Convenlion de prisonniers illustres se seraient groupés tous les méconlenlemenls et toutes les forces hostiles au gouvernement révolulionmire. Dans les périodes calmes et lentes de la vie des sociétés, il suffit d'enlever le pouvoir aux parlis qui ne répondent pas aux nécessités présentes. Ces partis dépossédés peuvent préparer leur lenle revanche, sans paralyser le parti en possession. Mais quand un grand pays révolutionnaire lutte à la fois contre les factions intérieures armées et contre le monde, quand la moindre hésitation ou la moindre faute peuvent compromettre pour des
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