Jean Jaurès - La Convention

1768 HJSTOil1E SOClALISTI<: granlr ,iu'on pouvait rele\'er contre l'hébertisme, il fallut, pour les accuser, t!éoatur~r tout leur pas,é, calornnier toute leur \ie. O:,i, il fallut faire rlr üanlon un royaliste; il fallut en faire un vendu; il fallut en faire un traitre. A l'homme ,1u 10 aoll1, Saint-Just osa dire: • Tu le cachas c!ans celle nuit terrible. » El on le jugea pêle-mêle avec Chabot, avec d'f: 0 l"nline, avec des hommes ou accusés ou convaincus de friponnerie et de vol. El Robespierre avait fourni à Saint-Just les notes pour ce rapport: on les a retrouvées. Comment, par quel effort de pensée a-t-il donc pu jeter celle ombrl' criminelle sur toute la vie d'un homme que, le 3 décembre encore, devant les Jacobins, devant la Révolution, devant le monde il défendait et glorifiait'' Peut-être Robespierre se disait-il qu'il avait été dupe et délestait-il d'autant plus le ri val naguère admiré. Peut-être aussi eut-il l'effroyable courage de mentir pour payer sa rlelte el la delle de la Révolution à ceux qui n'avaient sacrifié l'hébertisme qu'à regret:-ïïy eut des résistances. A la Convention, qnaa,I on apprit que Danton était arrêté, l'émoi fut vif. ~lais le niveau de terreur passa vile sur les têtes. Et ces résislar.ces n'eurent d'autre effet que d'amener Robespierre à s'engager lui-même 1 lus à fond, à donner de sa personne. à s'éclabousser lui-même du sang de Danton. Quel csl ce privilège, et qui donc ose demander que Danton soit admis à se1pliquer à la barre? Lui-même l'avait demandé en vain pour Fabre d'l,glaoline : y aura-t-il ici des faveurs pour les grands coupables? Non, nous ne ,voulons pas d'idole; nous ne voulons pas surtout d'une idole dès longtemps pourrie. « Idole pourrie•• disait Robespierre. Vadier, se frottant les mains à l'arrestation de Danton comme il fera bientôt à celle de Robespierre, avait dil : « :fous , iderons bientôt ce turbot farci. » Les contre-révolutionnaires se répétaient ces mots etils attendaient l'heure où ils pourraient abattre en effet toute la Révolution comme une idole pourrie, et vider, comme un turbot farci, le peuple souverain. Danton el ses amis se cléfeorlirent devant le triliunal révolutionnaire el se débattirent. Tantôt Danton semblait accepter el appeler la mort: " :lfa demeure sera bientôt le néant et mon nom vivra dans le Panthéon de l'histoire. • Ou encore : « La vie m'est à charge, qu'on en finisse ! • Tantôt il se révoltait contre l'accusation monstrueuse de royalisme, de trahison, de vénalité. Il sommait ses accusateurs de comparaitre, il appelait el déflail !lobes pierre absent; et, par les fe nêlres ouvertes de la salle, ,a voix de tocsin allait jusque sur les quais faire vibrer le peuple qui s'étonnait, ne compreoail plus. Dans sa protestation vigoureuse, un peu théâtrale parfois, mais puissante, el dont il est vrai que les échos soulevaient encore ses partisans, il n'y a, sur la marche de la Révolution, aucune idée d'avenir. Danton n'osait-il pas devant les Juges avouer toute sa politique; Youlail-il à tout prix gagner la foule, et prenant ensuite l'offensive contre

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